«Dans le premier: l'Enfer au milieu des Fleurs, l'enfant qui vient de naître est comparé au vieillard et il est parlé du laboureur... Dans le second: Erreurs humaines, le Christ est surnommé Enri-errant, etc. Dans le troisième: la Prison pour tous, l'univers est comparé à une cellule, l'auteur découvre le Purgatoire et l'Enfer, et fait voir que le sang ne parle pas, etc. Dans le quatrième: les Ames, l'auteur parle de l'aveugle de naissance et démontre ce mystère; il découvre deux âmes célestes et deux âmes matérielles; explique pourquoi nous rêvons pendant notre sommeil: ce passage est suprême. Dans le dernier chapitre: Outre terre, l'auteur découvre des lois sur la nature; fait parler les éléments terrestres d'une manière la plus dramatique, et enfin nous montre les Planètes rocheuses, et ses habitants, dans un tableau si radieux qu'on s'y voit transporté.
«Enfin, cette merveille est un trait de lumière, une œuvre de découvertes et de maximes qui laissera l'auteur chef de religion.
«Il est évident que Mme Jousselin la reine de la philosophie moderne, dont l'école a bouleversé tant de cerveaux, a montré dans ses Planètes rocheuses, les Erreurs de la Vie, pour ne pas dire plus, autant d'imagination qu'Homère, Michel-Ange, Géricault, Cuvier, Linné, Geoffroy Saint-Hilaire et Newton».
Le roman, genre souple et séduisant, est le mode d'exposition préféré par quelques penseuses.
Esther de Suze a publié Cœur brisé, longue nouvelle d'un romantisme désolé. J'aime la première partie: une petite fille découvre lentement les tristesses de la vie et les exprime par de gracieux bégaiements ou par des gestes mélancoliques d'une beauté frêle. Malheureusement la petite fille grandit, et son «immortel ennui» entre dans une formule trop connue. Esther de Suze a d'autres torts. Elle délaie en roman le sujet d'une ode ou d'une «méditation», et elle n'hésite devant aucun procédé pour grossir le petit livre: quand elle ne trouve pas d'autre moyen de répéter les lieux-communs pessimistes, elle fait lire l'Ecclésiaste à son héroïne et copie pour notre usage quinze versets aggravés de commentaires rabâcheurs.—L'écriture est d'une débutante qui veut tout le temps être admirable et qui souvent bavarde, sans plus savoir ce qu'elle dit, zigzague en une griserie verbale. Il faut l'excuser, à ces moments-là, avec une de ses belles phrases, et répéter: «Un vertige lui était venu des lointains inconsciemment en fermentation de son âme d'intellectuelle».
J'ai lu de la baronne Madeleine Deslandes (Ossitt) deux volumes: A quoi bon? et Ilse. C'est, chaque fois, l'histoire d'une femme qui aime profondément et pour toujours, d'un homme qui aime à demi et pour peu de temps. Les deux héroïnes meurent de la cruauté inconsciente des deux mâles. Eux restent pour tirer les conclusions et déplorer dans: A quoi bon? «le trop tard inexorable et fatal de toute existence», dans Ilse «comme tout est inutile.»
Ces deux éditions de la même histoire schaupenhauerienne sont de valeur très inégale. A quoi bon? est une banalité prétentieuse. Ilse est arrangée en légende gentiment puérile, écrit avec une naïveté précieuse, qui a par endroits je ne sais quelle grâce maniérée. J'aimerais assez ce dernier livre si un épilogue de vie triviale ne venait écraser la joliesse fleurie,—fleur de papier, certes, sans parfum, mais adroitement chiffonnée,—du conte idyllique.