Mme Julia Bécour a publié sous son nom des contes enfantins d'une imagination souvent bizarre, parfois amusante. Sous le pseudonyme de Paul Grendel, elle a donné d'ennuyeux romans à thèse, mal construits, où s'élèvent entre personnages secondaires d'interminables discussions sans nul rapport avec l'affabulation banale. Tâchons, du moins, d'en retirer quelque enseignement nouveau et sachons désormais que les jésuites sont fourbes, que les matérialistes sont grossiers et que le spiritisme est la vérité. Paul Grendel nous apprend encore qu'une jeune fille a tort de prendre un amant et qu'un mari ne saurait tromper sa femme sans être «un misérable.»
Les premières pages que j'ai lues de J. de Tallenay me furent une joie noble et inquiète. Sa pensée me semblait platonicienne hardiment; son écriture, vivante d'une vie qui s'élance et qui retombe, qui tâtonne dans le mystère, toute secouée par des terreurs et des espoirs. En des sujets analogues à ceux qu'aime Gilbert-Augustin Thierry, je la trouvais bien supérieure à ce marchand d'au-delà bourgeois pour lecteurs de la Revue des Deux-Mondes. Mais des lenteurs de la phrase, des longueurs de l'alinéa, du balin-balan endormi du chapitre, et de la répétition des mêmes effets, et du rabâchage des mêmes idées, et du recommencement des mêmes scènes, une brume d'ennui s'éleva qui, peu à peu, noya pour mes regards tous les mérites harmonieux. Je m'irritais de rencontrer pour la dixième fois le même dialogue piétinant et de voir admirables aspirations et merveilleux pressentiments devenir, hélas! des bavardages.
Je ne suis ni occultiste ni aliéniste, et je ne me sens pas la compétence de juger les livres de Mme Lucie Grange, qui parfois signe Hab, parce qu'elle est aussi le médium Habimélah. La voyante du boulevard Montmorency publie des communications d'Hermès Trismégiste lui-même. C'est bien assez d'irriter tous les bas-bleus, sans m'attirer encore la colère d'une aile-bleue. Je préfère m'incliner respectueusement, lâche devant le mystère. Mon intelligence alourdie de chair n'aura pas la présomption de critiquer ce grand désincarné, et je tremble religieusement devant un livre écrit avec une plume d'esprit. Écoutez. C'est Habimélah qui parle:
«De ses immenses ailes qui couvraient son corps, ramenées en avant comme une sorte de voile pudique (oh! oh! messieurs les esprits auraient-ils aussi des «parties honteuses» et exactement les mêmes préjugés que nous?), il tira une des plus belles plumes et il m'en fit présent. Je le remerciai et le questionnai.
«Il ne répondit que par un doux sourire, me faisant remarquer qu'elle était taillée comme une plume à écrire.»
Ailleurs Hermès lui-même rappelle l'événement:
«L'esprit mystérieux a pris et taillé une plume de ses ailes bleues, et la lui a donnée pour écrire.»
Certes ma plume de fer n'est pas sans courage. Pourtant elle n'ose s'attaquer à cette plume d'oie taillée par un «archange».