«... L'appétit de la bête diffère de l'œuvre de la femme en cela que la bête tue pour avoir une nourriture, et que la femme dont nous parlons veut quelque chose de plus: l'homme qu'elle tient ne sera pas une pâture seulement, mais une parure. Cette pieuvre est aussi un parasite; elle ne pique pas toujours en enlaçant; elle rampe, glisse, s'identifie d'abord sans blesser.

«Quand vous vous apercevez qu'elle vous gêne, vous étreint, vous étouffe, il est déjà trop tard! La liane vivante a pris racine dans votre écorce, ses branches se nourrissent de votre jeune ardeur; toutes vos fleurs ne servent plus qu'à l'orner elle-même, tandis que vous vous fanez dans cette absorption lente, qui tient à la fois de la caresse et de l'engourdissement.

«La nature l'a pourvue de tous les appareils nécessaires à ses instincts, à ses plans, à ses besoins.

«... La pieuvre de Victor Hugo dévore un homme; la nôtre se plaît à bercer, magnétiser et engourdir mollement ses victimes.

«Quand la proie se réveille et fait mine de vouloir fuir, les deux bras charnus se soulèvent; les fossettes se creusent plus profondes; les petites mains se réunissent et vous enserrent plus solidement que ne le ferait une chaîne de galérien; la bouche de la pieuvre adhère à votre bouche: l'homme est perdu!...»

J'arrête à regret la citation, car j'avoue que cette sottise verveuse m'amuse. Je dois pourtant avertir les jeunes gens: les dégâts de la femme pieuvre sont particulièrement terribles quand c'est «à l'entrée de la vie, sous le portique du temple où le convoquait le destin» que le pauvre bougre «a rencontré cette créature apocalyptique, à la tête de chérubin qui souffle de la trompette, aux griffes de dragon qui déchire les anges.»

Outre de nombreux romans, Mme Schalck de la Faverie a publié un poème, Coupables ou Victimes? sorte de Jocelyn mélodramatique où j'ai surtout admiré des épigraphes en langues fort diverses: français, latin, italien, allemand, anglais et même droit. Des vers grandiloquents sont précédés de ces lignes: «La séparation de corps ne rompt point le lien du mariage, elle ne fait que le relâcher. MOURLON.»


Noël Bazan écrit des romans pour le Petit Journal, le Semeur ou le Républicain de l'Est. Mais elle est fière surtout de ses deux recueils de vers. Elle donne «aux autres femmes ces morceaux de son cœur, ces gouttes de son sang... Aux autres femmes... à tous, à l'humanité. Tant de lèvres lui ont menti, que cela adoucira peut-être sa souffrance, de pouvoir se reposer sur un cœur vrai.» Elle s'écrie encore: «J'ouvre aux yeux de tous ce Livre d'une femme, que plusieurs d'entre elles ont pensé, qu'une seule a eu le fier courage d'écrire, et je sais que beaucoup m'en remercieront.»

Je la remercierais, certes, d'un esprit ému, si elle tenait la moitié de ces promesses.