La duchesse d'Uzès, chauffeuse, fabricante de statues et de prétendants, a essayé deux fois du sport littéraire. Elle n'y a pas trop mal réussi. Son premier livre, Pauvre Petite! nous est présenté comme un manuscrit du XVIIIe siècle. Le pastiche est adroit, le ton dégagé, la phrase alerte. Mais Mme d'Uzès est la plus moderne des grandes dames: grande dame par la syntaxe, jolie et souriante et poudrée, moderne par le vocabulaire. Il lui arrive d'oublier le jeu auquel elle nous a conviés et de copier dans le vieux manuscrit étonné le mot «névrose».—Julien Masly est un roman psychologique dont le début m'intéressa. L'auteur a voulu étudier un caractère de plébéien malheureux, farouche, «isolé dans son indépendance rageuse», quelque chose comme un Jean-Jacques moins le génie. Elle lui a donné d'abord des gestes significatifs et, comme l'intrigue est longue à se nouer, j'ai espéré quelque temps qu'il n'y en aurait point. Hélas! il en arrive une, et dès lors les actes deviennent, de plus en plus absurdes, les très humbles serviteurs de l'action. Julien, dédaigné par la grande dame qu'il aime, finit dans la folie. Le dénoûment est gros et invraisemblable: le pauvre garçon jusque-là n'avait paru «excessif et déséquilibré» que dans le caractère, et chez lui «tous les sentiments pouvaient se succéder sans transition.» En bonne psychologie, malgré le romantisme de ses gestes, son cerveau devait rester sain. Car c'est seulement à la surface de son âme âpre que se jouaient ses passions brusques, mêlées, amours qui s'exaspèrent en haines et que font oublier bientôt d'autres amours haineuses.


Mme de Roisel signe ses livres d'un nom plébéien, François Vilars, peut-être comme on revêt un costume d'une élégance plus négligée quand on daigne travailler au jardin. Sur le bon terreau plat d'intrigues déjà ratissées par mille feuilletonistes, elle fait fleurir les corolles communes d'héroïsmes qui poussent dans trop de romans. Et de gros drames bien rouges s'étalent laids et lourds comme des pivoines. Parfois cependant sourit, telle une violette blanche, la grâce simple d'une idyllette ou rit comme une cascatelle une page de comédie un peu trop longuement bavarde.


Leur Fille, le livre de Jean de Ferrières, est triste, gris, d'une écriture souvent élégante, précise et discrète, quelquefois maigre anguleusement. L'auteur aime les séries de menues observations nuancées, mais il applique sa psychologie fine à des situations romanesques et ce vrai dans du faux donne un résultat flottant et inquiétant. Je ne parle que des personnages féminins, à demi vivants dans un air irrespirable. Les hommes sont faux, franchement, de noblesse convenue ou d'infamie, point pire, certes, que l'infamie virile, mais différente et toute féminine.


Mme Schalck de la Faverie n'est pas, non plus, sans talent; mais ici, que de pédantisme et que de romantisme! Ses livres sont des mélos effroyables, commençant,—les traîtres!—en gentillesses d'idylles et qui, pendant quatre cents pages, nous égarent dans les aventures les plus extravagantes et dans les plus folles digressions philosophico-lyriques: immenses jardins aux parterres un peu nus malgré de nombreuses fleurs noires, mais où les sentiers s'encombrent d'herbes folles, de fleurettes et de ronces. La tristesse de Mme de la Faverie n'est pas le pessimisme morne de 1880; c'est le fatalisme gesticulant de 1840. Elle aussi, elle a dû lire le mot Αναγχη (Anagchê) sur quelque tour de Notre-Dame. Ses dénoûments sont à triple détente: 1o les méchants tuent la moitié des bons; 2o la justice prend les bons qui restent pour les assassins et les supprime; 3o les méchants sont punis par quelque «hasard fortuit» et pourtant providentiel.

Parmi les personnages qui reviennent le plus souvent dans ces récits d'une imagination bizarre et amusante, je signalerai «la femme pieuvre.»

Regardez et frémissez:

«Victor Hugo a vu et nous a décrit l'animal.—Nous avons connu la femme et nous essaierons de la dépeindre...