En un mot, c'était une femme.
Veinard de Ledrain, va! Pour aimer tant le bouquin, il n'a dû lire que le titre, qui est gentil.
J'ai encore là devant moi une cinquantaine de volumes lus et un gros tas de notes laborieuses. Le courage me manque d'utiliser tout cela; et je cherche des prétextes pour écarter ces dernières gouttes de lie.
Je néglige d'abord les amazones qui, depuis que je les ai dépassées, m'ont lancé par derrière d'autres livres à la tête. Voici deux mois que je n'ai parlé de Gyp et de Marie-Anne de Bovet, et vous pensez bien que je suis en retard d'au moins deux volumes avec chacune de ces faciles rabâcheuses. Il est vrai que les bavardages réunis sous des titres inédits, je les avais déjà entendus. Vous parlez beaucoup, madame et mademoiselle, mais vous vous répétez toujours, infatigables perroquets de vous-mêmes. Arvède Barine a donné sur quelques Névrosés des études ni plus ni moins intéressantes que ses travaux antérieurs. Henry Gréville a publié, je crois, cinq romans depuis six mois que je me suis débarrassé d'Henry Gréville: je refuse de les lire. Rachilde a déshonoré une fois de plus un beau talent à bâtir un château de cartes transparentes. Et j'ai sous la main le Sang, nouveau recueil de phrases de Barbey d'Aurevilly et de Guy de Maupassant, mises en désordre, rendues incorrectes et salies par les soins de Jane de la Vaudère. Combien d'autres, que je ne nommerai même pas, ont recommencé à manifester une ineptie déjà trop connue!
Mais voici deux livres qui mériteraient de longs éloges. Journées de Femme m'a donné les joies exquises qu'on attend de toute œuvre de Mme Alphonse Daudet. Follement et Toujours m'a fait connaître une face inédite du talent de Max Lyan. Ce troisième roman est fort différent des premiers du même auteur. Je n'y retrouve ni la composition d'un charme inquiet de la Fée des Chimères, ni la simplicité directe et franche de Cœur d'Enfant. Ici nous sommes dans un labyrinthe anglais, qui m'irriterait un peu, si les phrases éloquentes du guide et l'histoire passionnée qu'il raconte laissaient le temps de remarquer l'artifice de l'architecture. Et ce livre n'a pas la vérité humble, tendre, douloureuse, qui nous émut dans Cœur d'Enfant, ni la jolie ironie délicatement triste qui fait sourire la Fée des Chimères. Cette fois, des sentiments violents, presque fous, soulèvent des gestes amples chez des êtres puissamment harmonieux; et les détails, parfois réels, mais un peu soulignés, sont disposés habilement, pour un effet. Par la noblesse emphatique de certaines attitudes, par le lyrisme large et pourtant gracieux de certains mouvements, ce livre, d'une fougue adroite et rythmée, m'a fait songer à tels tableaux de l'école bolonaise. Et, si je préfère, pour ma part, le dessin plus spontané des œuvres précédentes, je suis heureux pourtant de découvrir une note nouvelle en la vaste harmonie du talent de Max Lyan,—un des moins connus et le plus beau peut-être des talents féminins d'aujourd'hui.
Après cette dernière joie, je passe indifférent, sans vouloir les remarquer, devant beaucoup de bas-bleus qui mériteraient pourtant un coup de massue.
Non, je ne massacrerai pas sœur Marie du Sacré-Cœur. J'éviterai le sacrilège de toucher à une nonne, et j'épargnerai une vieille femme vénérable. Celle-ci a cent ans accomplis, est le doyen de la Société des Gens de Lettres. Qu'elle continue donc à mendier pour bâtir son école normale de religieuses. Je l'abandonne aux foudres de Monseigneur Turinaz.