Les gestes même du génie ne sont imprévus que relativement, et on peut dès aujourd'hui indiquer les limites que l'art féminin ne dépassera pas.

Toutes mes lectures me l'ont prouvé: une femme ne peut concevoir et composer qu'en imitatrice une œuvre objective. Elle est inégale à l'effort d'une synthèse nouvelle. Elle ne créera jamais ni un poème large, ni un drame puissant, ni un caractère autre que le sien, ni un roman qui ne soit pas son roman, ni surtout une doctrine philosophique. Les femmes philosophes, de celles que Descartes admirait jusqu'à Mme Clémence Royer, sont des disciples. Peut-être le lecteur s'est-il étonné de la large place que j'ai faite aux incohérences de Clémence Badère, d'Eulalie-Hortense Jousselin, de quelques autres. Les pages que je leur ai consacrées ne sont point des pages perdues: elles montrent que la femme essayant de rassembler les éléments d'un système original se disperse elle-même dans la folie.

Mais la femme dira mieux que nous les émotions de l'enfant, et ses propres émotions, et aussi ce qu'il y a de commun à son cœur et au nôtre. C'est à elle que semble s'adresser l'appel fameux:

Ah! frappe-toi le cœur: c'est là qu'est le génie.


Car la femme est la sensibilité, l'homme la pensée et le mouvement. La femme est le centre, l'homme la circonférence. Et l'être complet est le couple: femme-homme, harmonie-action.

On reproche souvent aux formules leur pauvreté et leur vague. Ces blâmes sont mal fondés quand la formule est précisée par tout un livre, enrichie de mille observations de détail. J'essaie donc encore cette conclusion:

La femme est l'élément passif de l'humanité.

Mais je supplie le lecteur de ne pas entendre autour du mot «passif» des harmoniques injurieuses. Le néant est inconcevable et les termes négatifs en apparence expriment de simples relations. «Passif» ne signifie même pas «moins actif»; il veut dire: «dont l'activité est moins visible, moins en dehors». Dans le corps dit au repos s'agite l'innombrable armée des mouvements moléculaires, et tel choc dont la masse ne semblera point émue les exaspérera. La vie extérieure de la femme est moindre que celle de l'homme, sa vie intérieure est plus profonde; c'est peut-être cette différence qui constitue tout le fameux «mystère féminin». Ses gestes sont moins larges et plus rares parce qu'en elle les mouvements physiologiques et psychologiques tourbillonnent plus intenses. Lourde des êtres qui ne sont point encore et des rêves subconscients que ses fils exprimeront en pensées, sa fécondité même fait sa relative immobilité.

FIN