Les pièces de son recueil sont rassemblées, comme les sonnets des Épreuves, de façon à donner l'illusion d'un progrès naturel de l'âme. La première partie, Insouciance, chantonne le vague éveil à la vie, les primes sourires, puérils et jolis, à la beauté extérieure des choses, et la jeune tranquillité, parfois railleuse, en face des problèmes qu'on ignore, en face des sentiments qu'on nie à la veille de les ressentir.—Tristesses déplorent l'amour, car Sully-Prudhomme, cœur inquiet et gentiment égoïste comme tous les enfants malades, a établi pour les parnassiens philosophes la vanité des tendresses qui, paraît-il, ne peuvent durer. Et Louise Ducot pleurniche aussi sur notre pauvre esprit qui fait le pendule au milieu du puits, également incapable de remonter jusqu'à la solide margelle de la foi ancienne et d'atteindre la blanche vérité, naïade endormie tout au fond.—Sully-Prudhomme, bon kantien, après avoir détruit tout motif et toute règle d'action, se tire d'affaire en se commandant «catégoriquement» d'agir. Louise Ducot est peut-être plus heureuse. Elle paraît remonter à la solide margelle. Il semble que, sur un ton qui reste mélancolique, les Joies psalmodient le retour voulu à la foi de l'enfance et l'innocence dont les brèches sont bouchées avec du repentir. Mais, ceci demeure vague, n'est peut-être que littéraire. Je soupçonne les pièces de cette troisième partie d'avoir été fabriquées en même temps que les autres, et la composition tardive de nous révéler un artifice de lettré imitateur plutôt que le pèlerinage d'une âme.
Les sentiments de Louise Ducot ne sont jamais exprimés dans leur lyrique spontanéité; ils sont étudiés à la loupe. Au lieu de jouir de leur élan vivant, nous assistons à l'examen péniblement scientifique de leurs parties et de leurs éléments. On nous offre, une fois de plus, cette chose paradoxale, morte et sully-prud'hommesque, de la poésie analytique:
Un autre moi railleur se tient à ma fenêtre
Et fixe sur mon âme un regard obstiné.
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Il ne peut jamais croire à ma sincérité.
Dans mes plus chers amours il voit l'indifférence.
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Il chasse d'un sourire et la joie et le rêve.
Quelle poésie ou même quelle vie pourrait subsister en la pauvre âme démolie à ce point par «un autre moi railleur et méchant»? Cette lutte tragi-comique entre les deux moi fut déjà contée par Saint-Paul et par Molière. Ici, Mercure,