perdu parmi tant de trivialités nettes, ne me console pas des régiments d'images banales qui, risibles de précision raide, parcourent lourdement une plaine de tristesse. Et je m'irrite à rencontrer tant de symboles pauvres qui marchent glose au dos, tant de Vases brisés moins élégants et de moins gracieuses Danaïdes. Les cœurs des abandonnés, par exemple, sont comparés en quatre vers aux chiens délaissés, dont quatre strophes nous dirent les ennuis. Chiens infortunés en les cœurs de qui, paraît-il, «germent» des «fleurs de mal», tout comme en le cerveau de quelque Baudelaire!
Parfois Sully-Prudhomme semble collaborer avec Mlle de Scudéry et le symbole nous est expliqué, dans chacun de ses détails, avec une préciosité minutieuse et ridicule. Ainsi, on mène le Convoi de l'espérance de Louise. Il y a des pleureuses, qui sont ses douleurs. Il y a un prêtre, qui est le «symbole de sa foi chrétienne». Il y a d'autres personnages encore qui eussent intéressé peut-être Guillaume de Lorris. Mais on remarque surtout un grand fantôme noir, qui est le cœur de Mlle Ducot. Or, sachez que ce cœur a des «yeux pleins de larmes» et que sa «main tremble». Souvent nous le retrouvons, ce cœur, «être bizarre et pétri de contrastes». Le voici qui «marche dans la rue» et qui «colle son front aux vitres des hôtels» en «clignant des paupières». Plus loin, il est heureux: «des pleurs joyeux baignent son front» et diverses allégresses viennent «se découvrir à ses regards».—Décidément, il faut compter cette brave Louise parmi ceux qu'elle appelle si poétiquement:
Les rêveurs retardataires,
De cœur tendre propriétaires.
Alternant avec ces préciosités si malheureusement féminines, voici d'étranges virilités: un madrigal à je ne sais quelle dame; une diatribe contre la Femme, «l'Inconsciente» qui
... Cherche un dominateur
Dont elle rongera le cœur
Pour se distraire...
et des exhortations vaillantes:
Sachons aimer le Bien d'un amour plus viril.