Elle met Darwin en alexandrins, rime richement une tardive chronique sur la déesse Raison ou nous apprend en un quatorzain que l'Histoire n'a pas rempli toute sa mission quand elle nous a montré «d'une plume fringante» les événements extérieurs, mais qu'elle doit encore, très grave, s'efforcer d'en déterminer les causes.
Cette endormante philosopheuse est une femme: elle a publié des vers d'amour auxquels, malgré leurs défauts pédantesques, je trouve parfois une demi-saveur de sincérité et de charme. Je suis même tenté de croire que la froideur des dissertations philosophiques et des récits barbares ou antiques, la tiédeur surtout de beaucoup de poésies amoureuses, sont des crimes de l'amant autant que de Leconte de Lisle. Cet homme m'apparaît, à travers les éloges enthousiastes de Jeanne grotesquement pédant, et ennuyeux, et fat. A chaque instant, qu'on soit inspirée ou non, monsieur, la coquette exige qu'on lui fasse des vers; de sorte que stances et sonnets, tout comme les calembours de Trissotin, ont un papa et une maman:
Vous lui devez la vie, ô strophes cadencées,
Il vous fit naître en moi.
Plus heureux que Jean Valdret, ces «fruits d'un hymen sublime»! La maman peut leur dire:
Votre naissance est haute, et pure, et légitime.
Le papa les flatte moins, car il tient à avoir des enfants sérieux. Même, il fait les gros yeux, dès que la maman sourit:
Ami, qui raillez mon sourire,
Préférez-vous donc à mon rire
Mes pleurs?