La phrase continue, mais je suis las de tourner le mirliton où s'enroule cette période plus interminable et moins rythmée que les plus lâchées de Mme Deshoulières.


Louise Ducot et Daniel Lesueur sont de grands poètes, si on les compare à Madeleine Lépine ou à Jean Bertheroy. Celles-ci vident en des récipients informes les mêmes liqueurs insipides et parnassiennes. Les premières sont des femmes enlaidies de fard, raidies en une mode qui fut toujours ridicule et qui nous semble déjà vieille. Les secondes sont des femmes laides et négligées, vêtues d'oripeaux quelconques, ornées de verroteries grossières. Louise Ducot et Daniel Lesueur répètent, en vers généralement soignés, les leçons qu'on vient de leur apprendre. Madeleine Lépine et Jean Bertheroy laissent couler de leurs lèvres un fade bavardage que relève seulement par endroits le ridicule d'un effet manqué ou d'un pédantisme. Les unes ont trop de métier, et pas assez d'art, et pas assez d'âme; chez les secondes, âme, art, métier, tout est nul. Et je préfère encore les bonnes écolières de tout à l'heure aux petites filles que j'entends maintenant bégayer de vieilles histoires indifférentes. Dalila, et la ruine de Jérusalem, et les barbaries d'Alboin et de Rosemonde n'inspirent à Madeleine Lépine que des vers médiocres, vides de pensées, d'images et de sentiments, quelque chose comme des résumés mnémotechniques de tragédies. Guère moins négligeables, les romans où Jean Bertheroy nous conte, après un naïf démarquage, les moyens de séduction et les ennuis de bas-bleus transformés en «peintresses»; guère moins négligeables, les vers où elle chante banalement les Femmes antiques.


Pourtant ce sont là des amazones relativement connues. Depuis que Mlle Madeleine Lépine est devenue Mme Fernand Clerget, ses vers sont loués par d'avisés jeunes hommes, qui songent que M. Fernand Clerget est un éditeur. Jean Bertheroy fut sacrée poète par François Coppée et applaudie par Hugues Le Roux. Aussi vais-je m'efforcer de caractériser l'effort de chacune d'elles, d'étiqueter leurs produits amorphes et peu discernables. Madeleine Lépine me paraît chercher surtout l'effet spirituel ou tragique, tandis que Jean Bertheroy veut plutôt nous éblouir de sa science.

Les odes de Madeleine Lépine sont de pénibles et vraiment trop longues nouvelles à la main. Il s'agit, par exemple, de préparer ce mot de la fin:

Ton beau nom est gravé, Sapho, dans tout cœur d'homme;

Mais l'odieux Phaon était privé d'un cœur.

Ou bien la fière Vasthi se livre à un esclave pour amener cette antithèse:

Et, lionne, devint telle qu'une brebis.