Dans un journal hebdomadaire où je faisais la critique littéraire, j'étudiai, sous le titre Bas-Bleus, trois femmes qui venaient de publier en même temps. Mon article souleva des protestations et des encouragements. Mon amour de la bataille s'exalta quand j'aperçus, derrière les premières troupes rencontrées, l'innombrable armée des amazones.

Je reproduis presque textuellement cet article. Je ne change guère que le titre,—trop général pour désigner un simple fragment.

Le hasard eut pour moi quelque attention malicieuse: il diversifia mon supplice, me fit rencontrer trois variétés assez distinctes de l'écœurante espèce.

Paul Georges est le bas-bleu naïf et petite fille. Les premières minutes, on éprouve je ne sais quel puéril et rafraîchissant plaisir à l'écouter balbutier, et blaiser, et bégayer, et zézayer. Mais il dure des heures, ce bavardage enfantin auquel, d'abord, on sourit; et on se sent noyé sous un flux lent d'ennui et d'ensommeillement.

Jean Laurenty est le plus ridicule et le plus fanfaron des bas-bleus. Elle veut conquérir notre admiration en faisant étalage de pensée et d'indépendance. Elle essaie le tour de force, elle se baisse pour soulever des poids de cinquante et de cent kilos, ne soulève rien, ne se relève même pas. Toute courbée, la main prise dans l'anneau, le corps prisonnier de la pesanteur, l'inconsciente croit au résultat parce qu'elle sent la fatigue, et elle réclame «un petit bravo, pour encourager l'artiste.»

Paul Junka est ce qu'il y a de mieux dans le genre: le bas-bleu qui a presque du talent.

Et les trois se ressemblent étrangement, frères de laideur.


Le bas-bleu est vaniteux; le bas-bleu est soumis. Tels les hommes qui font des platitudes pour obtenir la croix d'honneur. Car le bas-bleu réussit à ne pas trop différer des hommes lâches et incomplets, de ceux dont on dit qu'ils ne sont pas des hommes.