Prise entre le devoir de patriotisme qu'on lui enseigna et les sentiments humains qui s'élèvent du profond de son âme, la pauvre femme s'agite sans «sortir de ce cruel dilemme», et, impuissante à conclure, va et revient dans les mêmes pensées alternées, comme affolée d'angoisse.
On voit que ce livre dit assez souvent des états d'âme noblement douloureux et que telles réflexions sont poignantes comme des cris de souffrance intellectuelle. Mais il est rare que l'expression ne soit pas faible ou incertaine et aucune pièce ne pourrait être citée jusqu'au bout sans attirer le sourire moqueur. Je crois, au contraire, que les futures anthologies pourront cueillir dans Caritas deux ou trois fleurs simples et parfumées. Il convient d'aimer Ernestine Drouet pour sa grâce jeune et souple et, par sympathie pour la beauté persistante de son âme, d'adresser des condoléances à Mme William Mitchel qui a laissé mourir des dons amiables.
Mme Astié de Valsayre est plus connue comme «homme d'action» et comme duelliste que comme écrivain. Elle est secrétaire de cette Ligue de l'Affranchissement des Femmes qui pétitionna pour la «liberté du costume». Le couturier Worth appuyait la revendication et proposait, avec approbation de la Ligue, un «costume mixte, genre cantinière et oriental».
J'ai lu de Mme Astié de Valsayre des vers signés Jean Misère et de la prose signée Fernand Marceau: tout ça m'a paru genre cantinière plutôt que genre oriental.
Le Retour de l'Exilé, récit dramatique dit par Mounet-Sully, n'est ni plus ni moins bête que la plupart des monologues, et Déroulède ne réussit pas tous les jours à être plus grotesque.
Haine à ceux qui tuaient sans pitié nos héros
Et traînaient en exil nos vaillantes phalanges!
Car jamais Français n'a tué un ennemi ou fait un prisonnier: nous sommes trop généreux pour des forfaits si noirs.
Le Secret d'Hermine est un petit feuilleton très sombre, très patriotique, très révolutionnaire et très empoignant. Il y a là, figurez-vous! un salaud de prince allemand,—marié, s'il vous plaît!—qui, sous un faux nom, vient nous espionner et promettre le mariage à un ange féminin et français et lui foutre un gosse dans le ventre. Acte inouï et bien particulièrement prussien. Mais il y a un brave amiral, brutal et sympathique, qui arrange un peu les choses. Il faut l'entendre, ce «vieil amphibie embouché comme un matelot», ordonner à sa maîtresse,—une sale femme complice du prussien,—de «rengainer sa langue», et s'écrier, si elle n'obéit pas assez vite: «Je pourrais oublier que vous êtes femme et vous écraser comme le reptile immonde que vous êtes.» L'immonde femme-reptile m'a fort effrayé, surtout quand j'ai mieux regardé «son ensemble de hyène» ou quand «se mouvant avec une grâce féline en ondulations de panthère, c'était bien Mathilde prête à distiller son venin». Je me suis vite sauvé loin de ce venin de panthère. Mais j'ai été doucement payé de mes émotions violentes, car le traître est puni par où il a péché. Irrémédiablement amoureux, le misérable teuton, et irrémédiablement séparé de l'ange français et féminin! Aussi «une larme mouille sa paupière, larme de remords, larme de honte, larme de prince enfin!» Cette analyse chimique des larmes de prince me paraît définitive.