Par malheur, avec quelques-uns de ces souvenirs frêles et délicats, Mme de Nittis a maçonné de lourds romans, laides maisons de rapport où on reconnaît difficilement les pierres du sanctuaire rustique qui, dans la campagne ensoleillée, nous sourit. La sacrilège est punie non seulement par le peu d'intérêt de ces besognes, mais encore par l'empâtement de son écriture si fine tout a l'heure, par de nombreuses incorrections: «Celles qu'ils ont épousées honnêtes filles et sont restées honnêtes femmes,» et par des incohérences où nous voyons un fil à la patte qui «se martelait la cervelle en se demandant» je ne sais plus quoi.


Sur Mme Edgar Quinet, prière de voir Barbey d'Aurevilly. Elle débuta dans les lettres par un Journal du siège, hymne en l'honneur d'Edgar dont Edgar écrivit l'ouverture. Depuis, elle a publié de vagues récits de voyages qui sont encore, de façon guère moins ronflante, «des tempêtes de mots sonores, prétentieux et vides». La veuve est restée, malgré un peu de sourdine endeuillée dans son ran-plan-plan, ce que fut le «bas-bleu conjugal»: «l'élève très réussie du professeur Quinet, le tambourin de ce tambour».


J'ai indiqué dans un autre chapitre le bien que je pense des Mémoires d'une Enfant, de Mme Michelet. Et j'ai regretté que ce fruit du Quercy n'eût pas gardé sa saveur naturelle. Pourtant je n'ose guère reprocher à la femme de Michelet de n'avoir point su résister à l'imitation d'un si prestigieux et nerveux écrivain. Et nous lui devons quelque reconnaissance pour les nombreuses pages posthumes qu'elle a recueillies et éditées. Comment ne point la remercier de nous avoir introduits dans l'intimité d'une âme si noblement frissonnante? Mme Michelet promet pour bientôt un nouveau volume de lettres inédites de celui qui fut un homme autant qu'un écrivain: nous les attendons avec espérance.


En dehors de son «journalisme pratique» de cuisinière, de femme de chambre, de modiste, de professeur de civilité puérile et honnête, Georges Régnal a écrit avec son mari des romans invraisemblables et invraisemblablement médiocres. Leur seul intérêt est de montrer deux intelligences d'hommes d'affaires qui essayent de parler passion et héroïsme et qui balbutient ridiculement ces langues étrangères. A ces anecdotes banales et bizarres, romanesques de tous les romanesques connus, je préfère une courte brochure: Ce que doivent être nos filles. Après une préface où Edouard Petit, universitaire, fait des grâces lourdes et prend pour de l'esprit un pédantisme qui s'efforce au sourire, Mme Régnal donne, en une langue malheureusement insuffisante, des conseils presque tous raisonnables et dont quelques-uns sont courageux.


Ne pas confondre la Mme Caro qui est au coin du quai et la Mme Caro qui n'est pas au coin du quai.