L'une, dont le nom doit être précédé d'un grand P., a lu en bonne élève Alexandre Dumas fils. Elle répète ses leçons d'une voix sans éclat, ânonnante. Elle refit aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes le fameux cours de meurtre, et Pas à pas les conduisit à tuer pour sauver l'honneur bourgeois, dieu digne de tous les sacrifices.
L'autre,—la vraie, la veuve du philosophe pour dames, la seule qui ait le droit de se prénommer E.,—exprime en langage de bon ton, avec les élégances convenues et convenables, des subtilités psychologiques joliment déduites plutôt qu'exactement observées. Elle est trop une caroline pour n'être point optimiste inexorablement, et ses romans bêbêtes et délicats finissent toujours bien, en plein «ciel apothéotique de nos rêves» d'amour.
XI
QUELQUES PARASITES
Il y a deux sortes d'esprits parasites qui avouent: les cabotins et les professeurs.
La femme est plus intelligente que l'homme, plus apte à comprendre la pensée d'autrui, au moins dans son détail infini. Car l'effort de ramener la diversité à l'unité et les conséquences au principe; l'art de définir, l'art de découvrir le centre d'un être et ses limites; la création refaite par la synthèse est déjà œuvre virile. La femme n'a guère l'esprit critique; elle a, merveilleusement, l'intelligence cabotine.
Mais, si la cabotine, cette double réceptivité, essaye de produire, elle se manifeste prodigieusement pauvre, et banale, et impersonnelle. Les plus grands exploits de ce perroquet sont de répéter dans un ordre un peu différent les phrases qu'on lui apprit.
J'ai sous les yeux un acte de Sarah Bernhardt, l'Aveu. Si j'ai bien compris, le neveu du brave général a violé la femme du brave général. Un fils est né de cette brutalité. Le voici malade, entre la vie et la mort, le pauvre petit. Or le papa-cousin est docteur et, comme le brave général n'a confiance qu'en lui, malgré les répugnances de la mère, c'est lui qui soigne l'enfant. Il me semble que nous sommes en plein dans une de ces sottises laborieusement combinées qu'on décore du nom ambitieux de situations dramatiques. Une fois connues les données banales du banal problème, tous les Sarcey du monde vous indiqueront, suivant une méthode aussi infaillible que mécanique, les scènes à faire. Sarah les a faites et je ne m'attarderai pas à conter ces extravagances prévues.
Signalerai-je le romantisme naïf de la phrase. Le général, quand il sait tout, s'écrie en voyant pleurer sa femme, victime bien innocente pourtant, et qu'il devrait consoler: «Ah! pleurez, pleurez, vos larmes coulant jusque dans l'éternité ne pourront laver la plaie béante de mon cœur arraché. Pleurez et priez pour celui qui va mourir.»
Et la femme—sotte comme on doit l'être au théâtre pour amener dans ce qui sert d'esprit aux spectateurs de frissonnantes indécisions—prend le change.