Mary Floran porte double couronne: son nom est applaudi à la fois de l'Académie française et de la Société d'Encouragement au Bien. Elle mérite ces joies par l'honnêteté de ses sujets, par le gris abstrait de son écriture et par la sublimité distinguée et discrète de ses héroïnes: elles savent tous les dévouements muets enseignés dans les romans pour jeunes filles, et elles ne manquent jamais à aucune convenance mondaine. Un hasard remarquable: le moins médiocre de ces gentils enfantillages est précisément celui qu'admira l'Académie.
Mary Summer, deux fois nommée, a eu l'ingratitude de vouloir blaguer ces bons immortels. Mais elle a trop de snobisme pour s'amuser de choses aussi respectables: on la sent toute tremblante de son audace et si éblouie de ce dont elle s'efforce de sourire... Quoi qu'en dise Augustin Filon, frère de l'auteur, le Roman d'un Académicien n'est que d'intention «un impertinent petit livre». Il me paraît, ce brave Augustin, pauvre d'esprit plus encore que sa sœur et plus qu'elle désireux d'étaler ses misérables richesses. Écoutez-le madrigaliser. Le XVIIIe siècle, dit-il à Mary, «tu l'as attrapé, comme une rare et subtile maladie d'esprit qui vaudrait mieux que la bonne grosse santé. Ne dit-on pas que la perle est une maladie de l'huître»? Sans doute, il croit entendre des rires moqueurs, car il ajoute, agressif: «Et nous connaissons tant d'huîtres, chère sœur, qui se portent bien.» Il serait cruel de commenter ces jovialités d'être trop bien portant.
Mary Summer n'est pas bien malade non plus; seulement elle s'orne de perles fausses. Voici la plus belle: «Ces larmes furent l'étincelle qui embrase la poudre.»
Le petit livre naïf est beaucoup trop long. Si l'aventure de cet immortel qui fut aimé et resta froid était arrivée à n'importe qui, Mary Summer elle-même l'eût trouvée sans intérêt. L'événement était digne tout au plus d'être conté en une colonne de journal. Il y avait là, à la rigueur, une nouvelle pour la Fronde, non un volume pour Lemerre. Malgré les quelques perles qu'il laisse apercevoir, j'ai trouvé le bâillement interminable.
François Deschamps a eu l'idée intéressante d'une «série d'études sur la bourgeoisie commerçante de Paris pendant ce siècle». Au Coq d'or dit le commerce sous le Directoire. Au Plat d'étain nous le fait connaître sous la Restauration. Au Lys d'argent, sous Louis-Philippe. Au Fil de soie l'étudiera sous le second Empire, et Au Balcon fleuri chantera le commerce actuel.
François Deschamps n'a aucune des qualités vigoureuses qu'exigeait cette grosse entreprise, mais elle a des mérites souriants. Ses livres sans vérité et sans profondeur ne nous renseignent pas sur des mœurs spéciales et sont bien impuissants à faire revivre une époque. On peut leur trouver de la distinction et de la race, si l'on entend par là qu'ils rappellent aimablement des romans anciens. L'histoire d'un amour pur auquel s'opposent les parents et qui finit par triompher remplit presque complètement chaque volume. La place qui reste est occupée par des enfants trouvés qui, à vingt ans, reconnaissent sans hésitation une mère inaperçue jusque-là et par des incendies qui permettent à l'amoureux de conquérir sur le feu, au péril de ses jours, la bien-aimée qu'on lui refusait. Généralement, c'est le ténor qui est repoussé par les parents de la première chanteuse. Une fois, pourtant, la jeune fille est moins riche et doit, par de rares mérites, conquérir son fiancé. L'Académie a justement récompensé cet effort pour se renouveler: elle a couronné Jacques Germain, ombre de livre élégant, petit-fils anémié de telle idylle de George Sand.