Je trouve, page 12, cette définition souriante «L'oubli est le pardon involontaire.» Mais la page 5 affirme: «Qui oublie a pardonné, qui pardonne va tâcher d'oublier.» Ainsi «le pardon involontaire serait un effort qui succéderait au pardon! Comprenez-vous ce que vous dites, comtesse? Moi je crois comprendre ceci: un jour, vous vous êtes amusée d'une subtilité; le lendemain, vous vous êtes réjouie d'une antithèse: jamais vous n'avez pensé.—Son opinion sur l'avarice n'est pas moins hésitante que son sentiment sur l'oubli. Tantôt elle affirme, admirative: «Le but de l'avare n'est pas d'amasser de l'or: c'est de mettre en réserve de la puissance.» Tantôt elle dénigre: «L'avare se prive de tout, de peur d'être privé un jour de quelque chose».

Je n'insiste pas. Mme de Beausacq, comtesse au joli nom de vaudeville, me trouverait naïf si je persistais à la prendre au sérieux. Elle joue vaniteusement. Elle ne veut pas nous forcer à réfléchir. Elle tient à montrer son adresse: elle ramasse les sottises dites chez elle, puis elle les condense, les renferme en des formules jolies et fragiles, et elle jongle avec sans trop en casser. Encore que ses exercices soient un peu bien connus et faciles, il y aurait cruauté à lui refuser le «petit bravo» qu'on accorde à tous les amateurs.

J'applaudis tout le temps, en dissimulant parfois un bâillement. J'applaudis les innombrables couples de définitions: «La constance demeure, la persévérance tient à avancer.» Je souris poliment, pendant qu'on m'explique une fois de plus la distance qui sépare la sincérité de la franchise, l'affection de la tendresse, la solitude de l'isolement, l'impertinence de l'insolence, la discrétion de la délicatesse; et je me sens tout aise d'apprendre qu'entre convaincre et persuader il y a une nuance. Je remercie, très touché: «Vous êtes vraiment trop bonne, comtesse, de prendre ainsi toute la peine pour vous et de me dispenser de consulter moi-même un dictionnaire des synonymes.»

Quelquefois, pour varier, on joue à la profondeur; mais on a plus de concision que de précision, et la plaisanterie semble vraiment trop simple qui consiste à prendre un mot dans deux sens que rien ne détermine et à nous lancer à la tête des phrases telles: «La galanterie est l'amour... sans amour.»

Un mathématicien de mes amis admirait:

—Voyez comme le vide de la galanterie est bien exprimé! Je pose:

galanterie = amour - amour.

et je n'ai aucune peine à résoudre l'équation:

galanterie = 0.

Il ajoutait, enthousiaste: