«C'est la dernière fois!» dit-il.
Chloé ne répondit rien; mais le fer marcha de long en large, passa et repassa sur la chemise, quoiqu'elle fût déjà aussi douce que pussent la rendre des mains de femme; puis tout à coup, déposant son fer avec un geste désespéré, elle s'assit près de la table, éleva la voix et pleura.
«Je sais, dit-elle, qu'il faut être résignée; mais puis-je l'être, Seigneur? Si je savais où vous allez, comment on vous traitera! Madame dit bien qu'elle essayera de vous racheter dans un an ou deux. Mais, hélas! ceux qui descendent vers le sud ne remontent jamais; ils les tuent! Je sais bien comment on les traite dans les plantations.
—Ce sera là-bas le même Dieu qu'ici, Chloé.
—Soit, je le veux bien, dit Chloé; mais Dieu parfois laisse accomplir de terribles choses.... J'ai peur de ne pas trouver beaucoup de consolation de ce côté.
—Je suis dans les mains du Seigneur, dit Tom; rien ne peut aller plus loin qu'il ne le permettra. Il permet cela, je dois l'en remercier. C'est moi qui suis vendu et qui m'en vais, et non pas vous et les enfants. Ici vous êtes en sûreté. Ce qui doit arriver n'arrivera qu'à moi, et le Seigneur m'assistera. Oui, je sais qu'il m'assistera.»
Oh! brave cœur, vrai cœur d'homme! adoucissant ton propre chagrin pour consoler tes bien-aimés.
Tom avait peut-être la langue embarrassée; sa voix rauque s'arrêtait dans son gosier: mais il parlait avec un courage qui ne se démentait jamais.
«Ne pensons qu'aux bienfaits du ciel, ajouta-t-il en frissonnant, comme s'il éprouvait en effet le besoin d'y penser beaucoup.