«Ne craignez rien, mère Agar, dit le plus vieux des nègres. J'en ai parlé à M. Thomas, et il espère pouvoir arranger cela de manière à vous vendre tous deux ensemble, dans un seul lot.

—Ils n'ont pas à dire que je ne puis plus travailler, fit la pauvre vieille en élevant ses mains tremblantes. Je puis faire la cuisine, écurer, frotter.... Je mérite bien qu'on m'achète.... Et puis, je serai vendue bon marché, dites-lui cela, vous, reprit-elle vivement.»

Cependant Haley fendit la foule, arriva au vieux nègre, lui fit ouvrir la bouche, examina la mâchoire, frappa de petits coups sur les dents, le fit lever, se dresser, courber le dos, et accomplir diverses évolutions pour montrer ses muscles. Puis il passa au suivant et lui fit subir le même examen. Il alla enfin vers Albert, lui tâta le bras, étendit ses mains, regarda ses doigts et le fit sauter pour voir sa souplesse.

«Il ne peut pas être vendu sans moi, dit la vieille femme avec une énergie passionnée. Lui et moi nous ne faisons qu'un seul lot; je suis encore très-forte, m'sieu, je peux faire un tas d'ouvrage: comptez là-dessus.

—Dans une plantation? dit Haley avec un coup d'œil de mépris. En voilà une histoire!» Puis, comme s'il eût suffisamment examiné, il se promena dans la cour, regardant à droite et à gauche, les mains dans ses poches, le cigare à la bouche, le chapeau sur l'oreille, prêt à agir.

«Qu'en pensez-vous? dit un homme qui avait suivi de l'œil l'examen de Haley, comme pour se former une opinion d'après la sienne.

—Ma foi! dit Haley en crachant, je vais pousser l'enfant.

—Ils veulent vendre l'enfant et la vieille mère ensemble.

—Je leur en souhaite! Un tas de vieux os! elle ne vaut pas le sel qu'elle mangerait.