Au-dessus de leur tête, dans la cabine, étaient assis des pères et des mères, maris et femmes, et, joyeux, sautillants, des enfants qui tournaient autour d'eux, comme autant de petits papillons.

C'était une scène de la vie heureuse, confortable et facile.

«Oh! maman! disait un enfant qui remontait de la cale, il y a un négrier à bord. Il y a cinq ou six esclaves en bas.

—Pauvres créatures! dit la mère d'une voix qui tenait le milieu entre la colère et l'indignation.

—Qu'est-ce donc? dit une autre femme.

—De pauvres esclaves au-dessous de nous, et ils ont des chaînes!

—Quelle honte pour notre pays qu'un tel spectacle!

—Oh! il y a bien à dire pour et contre, disait une mère qui était assise et cousait à la porte de son salon particulier, tandis que son petit garçon et ses petites filles jouaient autour d'elle. J'ai voyagé dans le sud, et je dois dire que je suis persuadée que les esclaves sont plus heureux que s'ils étaient libres.

—Oui, sous certains rapports, quelques-uns sont fort bien, je vous l'accorde, reprit la femme à laquelle cette remarque s'adressait. Mais ce qu'il y a de plus révoltant pour moi dans l'esclavage, c'est cet outrage aux sentiments et aux affections, c'est la séparation cruelle de ceux qui s'aiment.