Époux et père.

Mme Shelby était partie. Élisa se tenait sous la véranda. Triste, elle suivait de l'œil la voiture qui s'éloignait. Une main se posa sur son épaule. Elle se retourna, et un brillant sourire illumina son visage.

«Georges, est-ce vous? vous m'avez fait peur! Oh! je suis si heureuse de vous voir! Madame est absente pour toute la soirée. Venez dans ma petite chambre; nous avons du temps devant nous.»

En disant ces mots, elle l'attira vers une jolie petite pièce ouvrant sur le vestibule, où elle se tenait ordinairement, occupée à coudre, et à portée de la voix de sa maîtresse.

«Oh! je suis bien heureuse.... Mais pourquoi ne souris-tu pas? Regarde Henri: comme il grandit!...» Cependant l'enfant jetait sur son père des regards furtifs à travers les boucles de ses cheveux épars, et se cramponnait aux jupes de sa mère.

«N'est-il pas beau? dit Élisa en relevant les longues boucles et en l'embrassant.

—Je voudrais qu'il ne fût jamais né, dit Georges amèrement; je voudrais n'être jamais né moi-même.»

Surprise et effrayée, Élisa s'assit, appuya sa tête sur l'épaule de son mari et fondit en larmes.

Mais lui, d'une voix bien tendre: «C'est mal à moi, Élisa, de vous faire souffrir ainsi, pauvre créature; oh! c'est bien mal! Pourquoi m'avez-vous connu?... vous auriez pu être heureuse!

—Georges, Georges! pouvez-vous parler ainsi? Quelle si terrible chose vous est donc arrivée? Qu'est-ce qui se passe? Nous avons pourtant été heureux jusqu'ici.