—Montez dessus, Éva! dit résolûment miss Ophélia. Ce qui a été fait une fois peut l'être une seconde; il faut que cette malle soit fermée à clef.... il n'y a pas à dire!»
Intimidée sans doute par tant de résolution, la malle céda. Le petit loquet entra dans la serrure et craqua. Miss Ophélia tourna la clef et la mit dans sa poche d'un air de triomphe.
«Maintenant, nous sommes prêtes. Où est votre papa? Je pense qu'il est temps de faire sortir ces bagages. Regardez, Éva, si vous voyez votre papa.
—Oui; le voici à l'autre bout de la cabine des hommes. Il cause et mange une orange.
—Il ne sait donc pas que nous voici arrivées. Courez le lui dire.
—Papa n'est jamais pressé, dit Éva; et puis nous ne sommes pas encore au débarcadère. Regardez, cousine, voici notre maison au bout de cette rue.»
Cependant le steamer, avec de lourds mugissements, comme un monstre gigantesque et fatigué, se préparait à frayer sa voie à travers les innombrables vaisseaux. Éva, toute joyeuse, montrait du doigt les tours, les dômes, les marchés qui lui faisaient reconnaître sa ville natale.
«Oui, oui, chère! Très-beau.... très-beau! Mais, Dieu me pardonne! le bateau s'arrête.... où est votre père?»
Ce fut alors une scène de tumulte comme il s'en passe toujours à l'arrivée des bateaux. Les garçons d'hôtel se précipitent sur vous. On va, on vient, les mères appellent leurs enfants, les hommes font leurs paquets, tout le monde se rue sur le plancher qui joint le bateau à la terre ferme.
Miss Ophélia s'assit résolûment sur la malle qu'elle venait de vaincre, et aligna tout son régiment de sacs, de boîtes et de cartons, avec une symétrie toute militaire, se disposant à les défendre vigoureusement.