—N'a-t-elle point veillé près de vous toutes ces dernières nuits, maman?
—Qui vous a dit cela? reprit aigrement Marie; elle s'est donc plainte?
—Elle ne s'est pas plainte; elle m'a seulement dit combien vous avez eu de mauvaises nuits, et cela sans aucun répit.
—Pourquoi donc, dit Saint-Clare, ne faites-vous pas prendre sa place une nuit ou deux à Jane et à Rosa? elle se reposerait!
—Comment pouvez-vous me proposer cela, Saint-Clare? vous êtes vraiment bien irréfléchi! Nerveuse comme je suis, le moindre souffle me tue! une main étrangère autour de moi me jetterait dans des convulsions. Si Mammy avait pour moi l'intérêt qu'elle devrait avoir, elle veillerait plus aisément. J'ai entendu parler de gens qui avaient des serviteurs si dévoués.... mais ce bonheur n'a jamais été pour moi!» Et Marie poussa un soupir.
Miss Ophélia avait écouté ce discours avec une certaine dignité froide, serrant les lèvres comme une personne bien résolue à connaître son terrain avant de se hasarder.
«Sans doute Mammy a une sorte de bonté, dit Marie; elle est douce et respectueuse, mais au fond du cœur elle est égoïste, elle ne cessera de regretter et de redemander son mari. Quand je me mariai, je l'amenai ici. Mon père garda son mari; il est maréchal, et par conséquent très-utile; je pensai et je dis alors que, ne pouvant plus vivre ensemble, ils feraient bien de se regarder comme séparés tout à fait. J'aurais dû insister et marier Mammy à quelque autre. Je ne le fis point: je fus trop indulgente et trop faible. Je dis alors à Mammy qu'elle ne devait plus s'attendre à revoir son mari plus d'une ou deux fois en sa vie, parce que l'air du pays, chez mon père, ne convenait pas à ma santé, et que je ne pouvais pas y retourner; je lui conseillai donc de prendre quelqu'un ici, mais non! elle ne voulut pas.... Mammy a parfois une sorte d'obstination dont les autres ne peuvent pas s'apercevoir comme moi.
—A-t-elle des enfants? demanda miss Ophélia.
—Oui, elle en a deux.