Et ils sautèrent, en effet, l'un après l'autre. Quelques fragments de rochers, formant comme un ouvrage avancé, les dérobaient au regard des assaillants.
«Bien! nous voici tous, dit Phinéas, avançant la tête au-dessus de ce rempart naturel pour suivre le mouvement de l'ennemi.»
L'ennemi s'était engagé dans les rochers.
«Qu'ils nous attrapent s'ils peuvent; mais ils vont être obligés de marcher un à un entre ces rochers, à la portée de nos pistolets.... Vous voyez bien, enfants!
—Oui, je vois bien, dit Georges; mais, comme ceci nous est une affaire personnelle, laissez-nous seuls en courir le risque et seuls combattre.
—Mon Dieu! Georges, combats tout à ton aise, dit Phinéas en mâchant quelque feuille de mûrier sauvage, mais tu me laisseras bien le plaisir de regarder, j'imagine. Vois-les donc délibérer et lever la tête, comme des poules qui vont sauter sur le perchoir. Ne ferais-tu pas bien de leur dire un mot d'avertissement avant de les laisser monter?... Dis-leur seulement qu'on va tirer dessus!»
La troupe, que l'on pouvait maintenant très-nettement distinguer, se composait de nos anciennes connaissances, Tom Loker et Marks, de deux constables et d'un renfort de chenapans, recrutés à la taverne pour quelques verres d'eau-de-vie.
«Eh bien, Tom, dit l'un d'eux, vos lapins sont joliment pris!...
—Oui, les voici là-haut.... et voici le sentier.... Il faut marcher.... ils ne vont pas sauter du haut en bas, ils sont pris!
—Mais, Tom, ils peuvent tirer sur nous de derrière les rochers, et ce ne serait pas agréable du tout!