Un jour, miss Ophélia, par une négligence bien étrange chez une femme comme elle, avait oublié la clef sur son tiroir. En rentrant, elle trouva Topsy parée de son beau châle rouge en crêpe de Chine, qu'elle avait enroulé en turban autour de sa tête; elle marchait devant la glace avec des airs de reine de théâtre en répétition.
«Topsy, s'écria-t-elle à bout de patience, qui vous fait donc agir ainsi?
—Sais pas, m'ame! c'est peut-être parce que je suis bien méchante!
—Je ne sais pas, moi, ce que je ferai de vous, Topsy.
—Faut me fouetter, m'ame! mon ancienne maîtresse me fouettait toujours; j'ai besoin de ça pour travailler!
—Non, Topsy, je ne veux pas vous fouetter.... vous pouvez très-bien faire si vous voulez: pourquoi ne voulez-vous pas?
—J'avais l'habitude d'être fouettée, m'ame; je crois que c'est bon pour moi!»
Miss Ophélia usait parfois de la recette; Topsy ne manquait jamais d'entrer en convulsions.... elle poussait des cris perçants, elle sanglotait, pleurait, gémissait.... Une demi-heure après, perchée sur quelque saillie du balcon, entourée de la troupe des petits négrillons, elle témoignait le plus profond dédain pour tout ce qui s'était passé.
«Ah! ah! miss Phélia me donne le fouet.... elle ne tuerait pas une mouche avec son fouet.... Il fallait voir mon ancien maître comme il faisait voler la chair.... il savait la manière, lui, mon ancien maître!»
Topsy faisait parade de ses monstruosités; elle les considérait comme une distinction flatteuse.