La scène avait eu pour témoin les deux frères Saint-Clare, qui se promenaient dans le jardin.

Augustin fut indigné; mais il se contenta de dire avec son ironie habituelle:

«J'espère, Alfred, que c'est là ce que nous pouvons appeler une éducation républicaine.

—Henrique est un vrai diable quand le sang lui bout, répondit Alfred avec une égale ironie.

—Eh mais, vous devez approuver cela, fit Augustin assez sèchement.

—Que j'approuve ou non, je ne saurais l'empêcher. Henrique est une vraie tempête. Voilà longtemps que nous l'avons abandonné, sa mère et moi. Mais ce Dodo est un drôle, et une volée de coups de fouet ne peut pas lui faire de mal.

—Non, sans doute. C'est pour lui apprendre la première ligne du catéchisme républicain: tous les hommes sont nés libres et égaux.

—Pouah! c'est une de ces bêtises sentimentales que Jefferson a pêchées en France.... Il faudrait retirer cela de la circulation, maintenant.

—C'est ce que je crois, répondit Saint-Clare d'un ton significatif.

—Nous voyons assez clairement, reprit Alfred, que tous les hommes ne sont pas nés libres ni égaux.... tant s'en faut! Pour ma part, je crois qu'il y a moitié de vrai dans cette facétie républicaine. Les gens riches, instruits, bien élevés, civilisés, en un mot, doivent avoir entre eux des droits égaux. Mais pas la canaille!