—Que voulez-vous dire, Tom?
—Vous savez ce que dit l'Écriture: «A minuit, un grand cri fut poussé.... Voyez! le fiancé arrive!» C'est ce que j'attends chaque nuit.... et je ne pourrais dormir si je n'étais à portée de la voix....
—Mais qui vous fait songer à cela, père Tom?
—Les paroles de miss Éva. Le Seigneur envoie des messagers à son âme.... Il faut que je sois ici, miss Phélia; car, lorsque cette enfant bénie entrera dans le royaume, les anges ouvriront si large la porte du ciel, que nous pourrons en contempler toute la gloire, miss Phélia!
—Miss Éva dit-elle qu'elle se soit trouvée plus mal la nuit dernière?
—Non; mais elle m'a dit ce matin qu'elle approchait.... Ce sont eux qui disent cela à l'enfant, miss Phélia; ce sont les anges! C'est le son de la trompette avant le point du jour,» dit Tom en citant un de ses cantiques favoris.
Tom et miss Ophélia échangeaient ces paroles entre dix et onze heures du soir, au moment où, tous les préparatifs de la nuit étant faits, elle allait pousser le loquet de la porte extérieure; c'est là qu'elle avait aperçu Tom, étendu sous la galerie.
Miss Ophélia n'était ni impressionnable ni nerveuse; mais les manières solennelles et émues du nègre la touchèrent vivement. Éva, toute l'après-midi, avait été d'une animation et d'une gaieté peu ordinaires; elle était longtemps restée assise dans son lit, regardant ses petits bijoux et toutes ses choses précieuses, désignant celles de ses amies à qui l'on devait les offrir: elle avait eu plus d'entrain, elle avait parlé d'une voix plus naturelle.... Le père avait dit, dans la soirée, qu'elle ne s'était pas encore trouvée si bien depuis sa maladie, et quand il l'embrassa, au moment de se retirer, il dit à miss Ophélia:
«Cousine! nous la sauverons peut-être.... elle est mieux!»
Et il sortit ce soir-là le cœur plus léger.