—C'est un marchand d'esclaves? poursuivit Mme Shelby, qui observait un certain embarras dans les façons de son mari.

—Eh! ma chère, qui a pu vous mettre cela dans la tête? dit celui-ci en levant les yeux.

—Rien! seulement, dans l'après-dîner, Élisa est venue ici, émue, bouleversée, tout en larmes; elle m'a dit que vous étiez en conférence avec un marchand d'esclaves, et qu'elle l'avait entendu vous faire des offres pour son enfant!... Oh! la sotte créature!

—Ah! elle vous a dit cela? reprit M. Shelby; et il reprit sa lettre, qu'il sembla lire avec la plus grande attention, tout en la tenant à l'envers. Il faut que cela éclate, se dit-il en lui-même; aussi bien maintenant que plus tard!

—J'ai dit à Élisa, reprit Mme Shelby, tout en continuant d'arranger ses cheveux, qu'elle était vraiment bien folle de s'affliger ainsi, que vous ne traitez jamais avec des gens de cette sorte.... et puis, que je savais que vous ne voulez vendre aucun de vos esclaves.... et ce pauvre enfant moins que tout autre.

—Bien! Émilie; c'est ainsi que j'ai toujours dit et pensé. Mais aujourd'hui.... mes affaires sont dans un tel état.... que je ne puis.... il faudra que j'en vende quelques-uns....

—A ce misérable! lui vendre.... vous! Oh! c'est impossible.... vous ne parlez pas sérieusement!...

—J'ai le regret de vous dire que je suis sérieux.... j'ai consenti à vendre Tom.

—Quoi! notre Tom.... cette bonne et fidèle créature, votre fidèle esclave depuis son enfance.... Oh! monsieur Shelby! Et vous lui aviez promis sa liberté.... vous et moi nous lui en avons parlé maintes fois.... Ah! maintenant, je puis tout croire.... je puis croire maintenant que vous vendrez le petit Henri.... l'unique enfant de la pauvre Élisa....»

Mme Shelby prononça ces mots d'un ton qui tenait le milieu entre la douleur et l'indignation.