L'âme de Tom était remplie des pensées de l'éternité, et, pendant qu'il rendait les derniers devoirs à cette poussière inanimée, il était loin de croire que ce coup l'avait plongé dans un esclavage désormais sans espérance.... Il était rassuré sur le compte de Saint-Clare: au moment où il avait répandu sa prière dans le sein de son Père.... il avait senti dans son propre cœur une paix et une espérance qui semblaient être la réponse du ciel.... Dans les profondeurs de cette nature affectueuse, il y avait parfois comme une effusion de l'amour divin.... L'antique oracle n'a-t-il pas dit: «Celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui!»
Tom croyait, il espérait, il avait la paix.
Les funérailles furent célébrées avec tout leur attirail de crêpes et de tentures noires.... leurs prières.... leurs visages solennels.... Puis les vagues froides de la vie quotidienne coulèrent de nouveau dans leur lit fangeux.... puis revint la triste et monotone question: Que faire?
C'est à quoi songeait Marie, vêtue de longs habits de deuil, entourée d'esclaves inquiets, assise dans son moelleux fauteuil, et regardant des échantillons de crêpe et d'alépine.
C'est à quoi songeait aussi miss Ophélia, dont les pensées se tournaient déjà vers sa maison du nord.
C'est à quoi songeaient également, pleins de terreur, ces esclaves qui connaissaient le caractère tyrannique et impitoyable de la maîtresse aux mains de laquelle ils étaient tombés.... ils savaient tous que l'indulgence ne venait pas de la maîtresse, mais du maître, et que, lui absent, il n'y avait plus d'obstacles protecteurs entre eux et les exigences d'une femme aigrie par la douleur.
Environ quinze jours après les funérailles, miss Ophélia travaillait dans son appartement.... elle entendit un petit coup frappé doucement à sa porte: c'était Rosa, la jolie petite quarteronne, dont nous avons si souvent parlé; ses cheveux étaient en désordre et ses yeux tout gros de larmes.
«O miss Phélia! dit-elle en tombant sur ses genoux et saisissant le bas de sa robe, ô miss Phélia.... allez! allez! priez pour moi, priez madame! intercédez.... Hélas! hélas! elle veut m'envoyer dehors pour être fouettée.... Tenez!» Et elle tendit un papier à miss Ophélia.
C'était un ordre écrit de la main blanche et délicate de Marie, et adressé au maître d'une maison de correction, de faire donner quinze coups de fouet au porteur.