—Oui, maître, dit Tom en essuyant avec sa main le sang qui ruisselait sur son visage. Oui, je travaillerai jour et nuit, tant qu'il y aura en moi un souffle de vie; mais cela, je ne crois pas que ce soit juste, et jamais je ne le ferai, non... jamais!»

Tom avait une voix d'une extrême douceur; ses manières étaient respectueuses. Legree s'était imaginé qu'on en viendrait facilement à bout. Quand l'esclave prononça ces dernières paroles, un frémissement courut dans la foule étonnée; la pauvre femme joignit les mains en disant: «Seigneur!...» et involontairement tous ces malheureux se regardaient les uns les autres, et retenaient leur souffle, comme à l'approche d'une tempête.

Legree parut tout d'abord stupéfait, confondu; enfin il éclata.

«Comment! misérable bête noire! vous ne trouvez pas juste de faire ce que je dis! Est-ce qu'un misérable troupeau d'animaux comme vous sait ce qui est juste ou non?... Je mettrai bien un terme à tout cela!... Que croyez-vous donc être?... Vous vous prenez, sans doute, pour un gentleman, monsieur Tom... Ah! vous dites à votre maître ce qui est juste et ce qui ne l'est pas.... Vous prétendez donc qu'on ne doit pas fouetter cette femme!

—Oui, maître. La pauvre créature est faible et malade.... il serait cruel de la fouetter.... et c'est ce que je ne ferai jamais.... Si vous voulez me tuer, tuez-moi; mais, quant à ce qui est de lever la main sur personne ici... non!... on me tuera plutôt!»

Tom parlait toujours de sa bonne et douce voix; mais il était facile de voir à quel point sa résolution était inébranlable. Legree tremblait de colère; ses yeux verts étincelaient; les poils de ses favoris se tordaient... Mais, comme certains animaux féroces qui jouent avec leur victime avant de la dévorer, il contint d'abord sa violence et railla Tom avec amertume.

«Enfin, disait-il, voilà un chien dévot qui tombe parmi nous autres pécheurs.... Un saint.... un gentleman! qui va vouloir nous convertir... Ah! ce doit être un homme fièrement puissant.... Ici, misérable! Ah! vous voulez vous faire passer pour un homme pieux.... Vous ne connaissez donc pas la Bible, qui dit: «Serviteurs, obéissez à vos maîtres!» Ne suis-je pas votre maître? N'ai-je pas payé douze cents dollars pour tout ce qu'il y a dans ta maudite carcasse noire?... N'es-tu pas mien à présent, corps et âme?...»

Et de sa botte pesante, il donna à Tom un grand coup de pied.

«Réponds-moi!»

Tom était brisé par la souffrance physique: l'oppression tyrannique le courbait jusqu'à terre, et pourtant cette question fit passer dans son âme comme un rayon de joie. Il se redressa de toute sa hauteur, il regarda le ciel avec un noble enthousiasme, et, pendant que sur son visage coulaient et le sang et les larmes: