«Il est pourtant bien dur, murmura-t-il, pour un homme qui vient de faire un bon marché, de se voir berné de cette façon.
—Monsieur, dit Shelby, si je ne comprenais que vous avez quelque sujet de désappointement, je n'aurais pas toléré la grossièreté de votre entrée dans mon salon ce matin, et j'ajoute, puisque l'explication semble nécessaire, que je ne tolérerai pas la plus légère insinuation de votre part: on ne suspecte pas ma loyauté, monsieur! Je me crois cependant obligé à vous donner aide et protection. Prenez mes gens et mes chevaux, et tâchez de retrouver ce qui est à vous. En un mot, Haley, continua-t-il en quittant tout d'un coup ce ton de dignité froide pour revenir à sa franche cordialité, ce que vous avez de mieux à faire, c'est de reprendre votre belle humeur.... et de déjeuner.... Nous aviserons après.»
Mme Shelby se leva, et dit que ses occupations ne lui permettaient pas d'assister au déjeuner; et, chargeant une digne mulâtresse de préparer le café et de servir les deux hommes, elle quitta l'appartement.
«La vieille dame n'aime pas démesurément votre serviteur, dit Haley, faisant un laborieux effort pour paraître très-familier.
—Je ne suis pas habitué à entendre parler si familièrement de ma femme, dit Shelby assez sèchement.
—Pardon; mais ce n'était qu'une plaisanterie, vous le savez bien.
—Les plaisanteries sont plus ou moins agréables, dit Shelby.
—Il est diablement libre maintenant que ces papiers sont signés, murmura le marchand; comme il est devenu grand depuis hier!»
Jamais la chute d'un premier ministre, après une intrigue de cour, ne produisit une plus violente tempête d'émotions que la nouvelle de ce qui venait d'arriver à l'oncle Tom. On ne parlait pas d'autre chose. Dans la case comme aux champs, on discutait les résultats probables de l'événement. La fuite d'Élisa, étant le premier exemple d'un événement de cette nature chez M. Shelby, augmentait encore l'agitation et le trouble de tous.