—Que le diable vous emporte!
—Eh bien! quoi? je suis montée, et j'ai fermé les portes: voilà tout! Que croyez-vous donc qu'il y ait dans le grenier, Simon?
—Cela ne vous regarde pas!
—En vérité? eh bien, je suis enchantée de ne plus coucher dessous....»
Cassy avait eu soin de tenir ouverte la fenêtre du grenier. Au moment où elle ouvrit la porte, le vent éteignit la chandelle de Legree: rien de plus simple!
Ceci peut donner une idée des tours de toute façon que Cassy jouait à Legree. Il eût mieux aimé mettre sa main dans la gueule d'un lion que de faire une visite domiciliaire dans son grenier. La nuit, quand tout le monde dormait, Cassy transportait force provisions dans le grenier. Elle y fit passer une partie de sa garde-robe et de celle d'Emmeline. Tout était prêt: elle n'attendait plus qu'une occasion.
Au moyen de quelques cajoleries faites à Legree, et profitant d'un accès de bonne humeur, elle obtint de lui qu'il l'emmenât un jour à la ville voisine, située précisément sur le bord de la rivière Rouge. Douée d'une de ces mémoires prodigieuses qui daguerréotypent les lieux, elle nota toutes les particularités de la route et calcula le temps que l'on mettrait à la parcourir.
Le temps de l'exécution est arrivé: nos lecteurs seront peut-être curieux de jeter un coup d'œil dans les coulisses, et de voir les préparatifs du coup d'État.
Le soir approche, Legree est absent: il est allé voir une de ses fermes. Depuis plusieurs jours Cassy s'est montrée envers lui d'une prévenance et d'une égalité d'humeur auxquelles il n'est pas accoutumé. Ils sont dans les meilleurs termes, du moins en apparence! Cassy est dans la chambre d'Emmeline: Emmeline est avec elle: elles préparent deux petits paquets.
—Ce sera suffisant, dit Cassy; votre chapeau, et partons, il est temps.