«Oh, oh! dit Samuel.... Farouche! Vous êtes farouche!... Et son noir visage brilla d'un éclair de malice.... Je vais bien vous faire tenir en place!»

Un large frêne ombrageait la cour: de petites faînes, triangulaires et tranchantes, jonchaient le sol. Samuel en prit une, s'approcha du poulain, le flatta, le gratta, comme s'il eût voulu l'adoucir et le calmer; et, sous prétexte d'ajuster la selle, il glissa fort adroitement en dessous la petite faîne, de telle façon que le moindre poids posé sur la selle dût exciter la sensibilité nerveuse de l'animal, sans laisser la moindre trace de blessure ou d'égratignure.

«Là! dit-il en roulant ses gros yeux et faisant une grimace, nous verrons s'il ne sera pas tranquille maintenant....»

Au même instant Mme Shelby apparut sur le balcon, et lui fit un signe. Samuel s'approcha, déterminé à lui faire sa cour, comme un solliciteur, au moment d'une vacance à Washington ou au palais de Saint-James.

«Pourquoi avez-vous tant tardé, Samuel? j'avais envoyé André pour vous hâter.

—Dieu vous bénisse, madame! on ne pouvait pas prendre les chevaux en une minute: ils ont couru, Dieu sait où, jusqu'au bout de la prairie.

—Samuel, je vous ai dit bien souvent de ne pas tant répéter Dieu vous bénisse! Dieu sait! et autres phrases où vous mettez le nom de Dieu.... ce n'est pas bien!

—Dieu vous bénisse, madame! Je ne l'oublierai pas.... je ne recommencerai point.

—Eh mais, Samuel, vous avez déjà recommencé!

—Est-ce que?.... vraiment.... ô Dieu! Je ne voulais pourtant pas.