Il se retourna. Legree était debout derrière lui, la mine refrognée....
L'influence de cette scène de mort avait calmé la fougue impétueuse du jeune homme. La présence de Legree lui était cependant toujours pénible. Il voulait s'éloigner de lui, en échangeant aussi peu de paroles qu'il serait possible.
Il fixa sur le planteur son œil noir et perçant, et montrant le cadavre:
«Vous avez eu de lui tout ce que vous avez pu en tirer. Combien pour le corps? Je veux l'emporter et lui donner une honnête sépulture....
—Je ne vends pas les nègres morts, dit Legree d'un ton rogue: libre à vous de l'enterrer où vous voudrez et quand vous voudrez.
—Enfants, dit Georges, d'un ton d'autorité, à deux ou trois nègres qui se trouvaient là et qui regardaient le corps, aidez-moi à le soulever et à le mettre dans ma voiture: ensuite vous me donnerez une bêche!»
Un des esclaves courut chercher une bêche. Les deux autres avec Georges portèrent le corps dans la voiture.
Georges n'adressa à Legree ni une parole ni un regard. Legree le laissa commander sans mot dire; il sifflait avec une sorte d'indifférence qui n'était qu'apparente.... il suivit la voiture jusqu'à la porte.
Georges étendit son manteau dans la voiture, et dessus il coucha le mort, reculant le siége pour lui faire place. Puis il se retourna, regarda Legree fixement, et lui dit avec un calme forcé:
«Je ne vous ai pas encore dit ce que je pense de cette atroce affaire; ce n'est ni le lieu ni le moment. Mais, monsieur, ce sang innocent sera vengé. Je proclamerai ce meurtre.... J'irai trouver le magistrat et je vous dénoncerai!