Georges était tout plein de sympathie pour une personne qui avait échappé à Legree. Il ne pouvait parler de cette plantation, il ne pouvait y penser de sang-froid; et, avec cette courageuse insouciance des résultats, qui caractérise son âge et sa position, il lui donna l'assurance qu'il ferait tout pour la sauver.
La cabine qui touchait celle de Cassy était occupée par une française, Mme de Thou, accompagnée d'une charmante petite fille qui pouvait avoir vu mûrir douze étés.
Cette dame, ayant appris dans la conversation que Georges était du Kentucky, se sentit toute disposée à faire sa connaissance; elle avait un puissant auxiliaire dans sa petite fille, qui était bien le plus charmant joujou dont pût s'amuser l'ennui d'une traversée de quinze jours.
Georges venait souvent s'asseoir à la porte de la cabine, et Cassy pouvait entendre toute leur conversation.
Mme de Thou faisait les plus minutieuses questions sur le Kentucky, où elle avait, disait-elle, passé sa première enfance.
Georges fut surpris d'apprendre qu'elle avait vécu dans son propre voisinage; il n'était pas moins étonné qu'elle connût si parfaitement et les personnes et les choses de son pays.
«Connaissez-vous, lui dit un jour Mme de Thou, un homme de votre voisinage du nom de Harris?
—Il y a un drôle de ce nom pas loin de la maison, répondit Georges; nous n'avons jamais eu de grands rapports avec lui.
—C'est, je crois, un riche possesseur d'esclaves?»
Mme de Thou fit cette question avec un intérêt plus vif qu'elle n'eût voulu le laisser voir.