M. Shelby fut comme oppressé; les larmes lui vinrent aux yeux.
«Mon brave garçon, Dieu sait que vous ne dites que la vérité.... et, si je le pouvais, je ne vous vendrais pas.... pour un monde.
—Vrai comme je suis une chrétienne, dit à son tour Mme Shelby, vous serez racheté aussitôt que nous le pourrons. Monsieur Haley, rappelez-vous à qui vous l'aurez vendu, et faites-le-moi savoir.
—Pour cela, certainement, dit Haley. Si vous le désirez, je puis vous le ramener dans un an.
—Je vous le rachèterai bon prix.
—Fort bien, dit le marchand. Je vends, j'achète: pourvu que je fasse une bonne affaire, c'est tout ce que je demande, vous comprenez....»
M. et Mme Shelby se sentaient humiliés et abaissés par l'impudente familiarité du marchand; mais tous deux sentaient aussi l'impérieuse nécessité de maîtriser leurs sentiments: plus il se montrait dur et avare, plus Mme Shelby craignait de le voir reprendre Élisa et son enfant. Elle cherchait donc à le retenir par toutes sortes de ruses féminines: c'étaient des mines, des sourires, des causeries presque intimes... tout, enfin, pour faire passer le temps insensiblement.
A deux heures, Samuel et André amenèrent les chevaux, qui semblaient plus frais et plus dispos que jamais, malgré leur escapade du matin.
Samuel avait puisé dans les inspirations du dîner un zèle et une ardeur nouvelle. Comme Haley s'approchait, il disait à André, avec une évidente allusion à ce qu'ils allaient faire, que tout était pour le mieux et qu'il n'y avait point à douter du succès.
«Sans doute votre maître a des chiens, dit Haley tout pensif, au moment où il allait monter à cheval.