—Certainement, dit Samuel, c'est une idée, cela! M. Haley est tombé juste.... Mais il y a deux routes pour aller à la rivière, la route de terre et la route de pierres. Laquelle voulez-vous prendre?»

André regarda naïvement Samuel, surpris d'entendre cette nouveauté topographique; mais il confirma immédiatement le dire de son camarade par des assertions réitérées.

«Moi, dit Samuel, j'aurais plutôt pensé que Lisa aurait pris la vieille route, parce qu'elle est moins fréquentée.»

Haley, quoiqu'il fût un assez malin oiseau et très-soupçonneux de son naturel, se laissa néanmoins prendre à cette observation.

«Si vous n'êtes deux maudits menteurs....» fit-il en s'arrêtant un moment tout pensif.

Le ton perplexe et réfléchi avec lequel ces paroles furent prononcées parut amuser prodigieusement André. Il se renversa en arrière au point de tomber presque jusqu'à terre. Le visage de Samuel avait pris, au contraire, une expression de gravité dolente.

«Ma foi! dit-il, m'sieu peut agir à sa guise; il peut prendre le chemin droit si cela lui plaît. Pour nous, c'est tout un; quand je réfléchis, je pense même que c'est le meilleur chemin.... décidément....

—Elle aura suivi la route solitaire, dit Haley pensant tout haut, et sans tenir aucun compte de la remarque de Samuel.

—On ne sait pas, reprit Samuel; les femmes sont si drôles! elles ne font jamais rien comme on se l'imagine; c'est presque toujours le contraire: la femme est naturellement contrariante. Si vous croyez qu'elle a pris une route, il est certain que c'est l'autre qu'il faut suivre pour la trouver. Mon opinion à moi est que Lisa a pris la vieille route: aussi je pense qu'il faut suivre la nouvelle.»

Ces observations profondes sur l'humeur féminine ne parurent pas disposer Haley en faveur de la route neuve; il annonça résolûment qu'il allait prendre l'ancienne, et il demanda à Samuel si on devait bientôt y arriver.