Il sortit du cabinet et ferma la porte.

«Elle est des plus jolies, dit-il au sénateur. Hélas! souvent c'est leur beauté même qui les force de fuir, quand elles ont des sentiments d'honnêtes femmes. Allez, je sais ce qui en est!»

Le sénateur raconta brièvement, en quelques mots, l'histoire d'Élisa.

«Oh!... Hélas!... Quoi! il serait vrai!... Je suis bien aise de savoir cela. Poursuivie! poursuivie pour avoir obéi au cri de la nature! Pauvre femme! Chassée comme un daim! chassée pour avoir fait ce qu'aucune mère ne pourrait pas ne pas faire! Oh! ces choses-là me feraient blasphémer....»

Et John essuya ses yeux du revers de sa large main calleuse et brune.

«Eh bien! monsieur, je vous l'avoue, je suis resté des années sans aller à l'église, parce que les ministres disaient en chaire que la Bible autorisait l'esclavage.... Je ne pouvais répondre à leur grec et à leur hébreu: aussi j'abandonnai tout, Bible et ministres. Je ne suis pas retourné à l'église, jusqu'à ce que j'aie trouvé un ministre qui fût contre l'esclavage, malgré le grec et le reste. Maintenant j'y retourne.»

Tout en parlant de la sorte, John faisait sauter le bouchon d'une bouteille de cidre mousseux, dont il offrit un verre à son interlocuteur.

«Vous devriez rester ici jusqu'à demain matin, dit-il cordialement au sénateur; je vais appeler la vieille, elle va vous préparer un lit en moins de rien.

—Mille grâces, mon cher ami; mais je dois partir pour prendre cette nuit même la voiture de Colombus.

—S'il en est ainsi, je vais vous accompagner et vous montrer un chemin de traverse meilleur que la route que vous avez prise. Cette route est en effet bien mauvaise.»