Il fait une chaleur atroce; j'ai un violent mal de tête et j'ai peine à vous écrire.
J'ai reçu, il y a quatre jours, de Genève une lettre qui m'a fait un bien infini et m'a rendu à peu près raisonnable. Il serait bien temps que cela fût et que je pusse vivre de la vie qui m'est propre, sans pourtant souffrir si cruellement de ma lutte insensée contre l'impossible. Cela viendra votre amitié aidant.
Avez-vous composé quelque chose? Vous me direz cela et de quelle manière vous avez tué ce brigand de temps qui nous tue si lâchement.
Adieu, adieu, à dimanche.
A M. SZARWADY.
Paris, 25 février 1866.
Mon cher Szarwady,
Je vous remercie de la peine que vous prenez pour l'édition allemande de mes Mémoires. Je vous autorise à traiter avec M. Heinze et à lui céder la propriété complète de cet ouvrage au prix de 4,000 fr., pas à moins; aux conditions dont je vous ai parlé, c'est-à-dire de ne le mettre en vente qu'après moi et quand il sera publié à Paris. MM. Heller et Damcke ont rejeté bien loin la tâche de traducteur pour la somme de 500 fr.; en conséquence si vous pouviez vous en charger ce serait au mieux. Mais je tiens à ce que cela soit fait à Paris sous vos yeux. Tenez-moi au courant de ce que vous aurez stipulé avec M. Heinze à Leipzig, mais écrivez un peu plus lisiblement car, malgré tous mes efforts, il y a bien des lignes de votre lettre qu'il m'a été impossible de déchiffrer.
Le concerto de Kreutzer marche bien, nous avons déjà fait quatre répétitions partielles. Madame Massart a invité Mademoiselle Szarwady, qui nous fait espérer qu'elle viendra.
P.-S.—Je ne puis pas vous signaler toutes les parties du livre qui ont paru dans les journaux, le nombre en est trop considérable.