Je suis, en effet, avec ma famille, mais je n'ai que ma sœur cadette qui m'adore, et je me laisse adorer d'une manière fort édifiante... Oh! quand je retournerai en Italie!!!—Voyez-vous, mon cher, il me faut de la liberté, de l'amour et de l'argent. Nous trouverons cela plus tard, en y ajoutant même un petit objet de luxe, de ces superflus qui sont nécessaires à certaines organisations, la Vengeance, générale et privée. On ne vit et ne meurt qu'une fois.
Pendant que je suis en province, isolé de mes agitations ordinaires, seul avec ma pensée, qui se retourne dans tous les sens comme un porc-épic en me blessant de ses dards aigus, mes idées se fixent, se consolident par l'étude des profonds ouvrages de Locke, Cabanis, Gall et autres; ce n'est pas qu'ils m'apprennent autre chose que des détails techniques, car je m'aperçois bien souvent que je suis plus avancé qu'eux, et qu'ils n'osent pas suivre leur marche dans les conséquences de leurs principes, par crainte de l'opinion. L'opinion, cette reine du monde!... mais il n'y a plus de rois ni de reines, il y a eu un tremblement de trônes (dit Lamartine) qui les a tous renversés.
Je copie toute la journée les parties de mon Mélologue; depuis deux mois, je ne fais pas autre chose, et j'en ai encore pour soixante-deux jours; vous voyez que j'ai de la patience. Il en faut pour tout, non pas pour supporter chiennement les maux, mais pour agir. Le besoin de musique me rend souvent malade; il me donne des tremblements nerveux; puis nous avons aussi l'influence cholérique qui m'a retenu quelques jours au lit; j'en suis libre aujourd'hui, prêt à recommencer. Je vais aller voir F....; nous ne nous sommes pas vus depuis cinq ans. Les extrêmes se touchent, comme vous voyez. Il est plus religieux que jamais, il a épousé une femme qui l'adorait, et il adore ferme aussi, lui. Quelle drôle de chose que cette adoration, et elle est vive et sincère:
XVI.
A M. L'INTENDANT GÉNÉRAL DE LA LISTE CIVILE
Paris, vendredi 9 novembre 1832.
Monsieur l'intendant général,
Élève de l'École des beaux-arts française de Rome (section de musique), je ne pouvais mieux répondre au but de l'institution qu'en cherchant à multiplier les productions de mon art. Mais, moins heureux en cela que les peintres qui ont la ressource des expositions, nos partitions sont mortes s'il n'y a pas exécution. Je m'adresse, monsieur l'intendant général, à votre justice éclairée en vous priant de mettre à ma disposition la salle du Conservatoire de musique pour un concert que je me propose de donner le dimanche 2 décembre. L'accueil encourageant que quelques-uns de mes ouvrages ont reçu du public dans cette même enceinte m'enhardit à croire que ceux que je rapporte d'Italie m'attireront de nouveaux suffrages. J'ai surtout à cœur de me montrer digne de l'École à laquelle j'appartiens et de son illustre patronage.
J'ai l'honneur d'être, etc.