La seconde erreur est dans ces trois mots: boire le Kava. Elle est grammaticale et géographique. Il convenait d'abord d'écrire «boire du Kava.» De plus il faut n'avoir pas fait seulement un demi-tour du globe pour ignorer que Kava est le nom de la boisson en usage aux îles Carolines et à la Nouvelle-Zélande, mais qu'à Taïti, dont il s'agit dans le passage inculpé, cette même boisson se nomme Ava.
Je vais passer pour un canotier d'Asnières[11].
Mais qu'est-ce que ces fautes insectes en comparaison des monstres que nous voyons éclore journellement dans les imprimeries. Je ne veux vous en faire connaître qu'un; il vous consolera, je pense, comme il m'a consolé.
Dans une revue littéraire de Paris, l'un de nos prosateurs les plus distingués publiait une Nouvelle. Cette Nouvelle contenait la phrase suivante, amenée je ne sais comment:
«L'on vit reparaître sur la planche le bocal de cornichons.»
La première épreuve portant:
«L'on vit reparaître sur la planche ce bocage de cornichons,» le correcteur fit cette observation judicieuse qu'il était peu exact de dire sur la planche, et mit:
L'on vit reparaître sur les planches ce bocage de cornichons.
Enfin, avant de donner le bon à tirer, il découvrit là encore une autre faute et de plus une inversion forcée incompatible avec l'esprit de la langue française. En conséquence, il fit ce dernier changement, dont les lecteurs de la Revue purent jouir le lendemain:
L'on vit paraître sur les planches ce cornichon de bocage.