Mon cher Humbert,
Je n'ai que le temps de vous remercier de votre lettre, que je viens de recevoir. Je pars tout à l'heure pour Weimar, et, en outre, je suis dans une crise de douleurs si violentes, que je ne puis presque pas écrire. J'espère que je pourrai vous donner de bonnes nouvelles de la Béatrice allemande. L'intendant m'a écrit, il y a trois jours, que tout va bien.
Dimanche dernier, au sixième concert du Conservatoire, madame Viardot et madame Van Denheuvel ont chanté le duo Nuit paisible, devant ce public ennemi des vivants et si plein de préventions. Le succès a été foudroyant; on a redemandé le morceau; la salle entière applaudissait. A la seconde fois, il y a eu une interruption par les dames émues à l'endroit:
| Tu sentiras couler les tiennes à ton tour |
| Le jour où tu verras couronner ton amour. |
Cela fait un tapage incroyable.
Je laisse le directeur du Théâtre-Lyrique occupé à faire les engagements pour les Troyens. C'est la Didon qui demande une somme folle qui nous arrête. Cassandre est engagée.
Adieu, cher bon ami.
Mon Dieu, que je souffre donc! Et je n'ai pas le temps pourtant.