Weimar, 11 avril 1863.

Cher ami,

Béatrice vient d'obtenir ici un grand succès. Après la première représentation, j'ai été complimenté par le grand-duc et la grande duchesse, et surtout par la reine de Prusse, qui ne savait quelles expressions employer pour dire son ravissement.

Hier, j'ai été rappelé deux fois sur la scène par le public après le premier acte et après le deuxième. Après le spectacle, je suis allé souper avec le grand-duc, qui m'a comblé de gracieusetés de toute espèce. C'est vraiment un Mécène incomparable. Pour demain, il a organisé une soirée intime où je lirai le poème des Troyens. Les artistes de Weimar et ceux qui étaient accourus des villes voisines, et même de Dresde et de Berlin, m'ont donné un immense bouquet.

Demain, je pars pour Löwenberg, où le prince de Hohenzollern m'a invité à venir diriger un concert dont il a fait le programme et qui est composé de mes symphonies et ouvertures.

Puis je retournerai à Paris, où je vous prie de me donner de vos nouvelles.

Trouverai-je les Troyens en répétition?... j'en doute. Quand je suis loin, rien ne va.

Je serai bien content de recevoir un joli petit volume, celui de Traître ou Héros? Sera-t-il bientôt prêt?

Hier au soir, j'ai pris, dans ma joie, la liberté d'embrasser ma Béatrice, qui est ravissante. Elle a paru un peu surprise d'abord; puis, me regardant bien en face: «Oh! a-t-elle dit, il faut que je vous embrasse aussi, moi!»

Si vous saviez comme elle a bien dit son