[105] (6 mars 1861.) Je viens d'envoyer en Hongrie cette partition. Une société de jeunes Hongrois m'a adressé il y a quelques semaines une couronne d'argent d'un travail exquis, portant, sur un écusson aux armes de la ville de Gior (en allemand Raab) ces mots: À Hector Berlioz la jeunesse de Gior. Ce présent était accompagné d'une lettre à laquelle j'ai répondu:
«Messieurs,
J'ai reçu votre beau présent et la lettre flatteuse qui l'accompagnait. Ce témoignage de sympathie, venu d'un pays dont j'ai conservé un si cher souvenir, m'a vivement touché. L'effet de mon ouvrage est dû sans doute aux sentiments que réveille votre thème national en vous, qu'il doit conduire à la vie (selon votre poétique expression) en vous de qui l'on peut dire avec Virgile:
..............Furor iraque mente
Præcipitant, pulchrumque mori succurrit in armis.
Mais si vous avez trouvé dans ma musique une étincelle seulement de l'enthousiasme qui brûle les nobles âmes hongroises, je dois m'estimer trop heureux et considérer ce succès comme l'un des plus rares qu'un artiste puisse obtenir.
Recevez, messieurs, avec l'expression de ma gratitude, mes cordiales salutations.
Votre tout dévoué,
hector berlioz.»
14 février 1861
[106] M. Duplantys.