—Depuis longtemps, je suis fort sage, ma mère.

—Depuis une semaine, depuis dix jours, mais avant cela, tu nous a trompés, tu sanglotais à la sourdine, alors que nous te croyions guérie de cette blessure au coeur… C'est même le chagrin qui t'a affaiblie de la sorte.

—Pardonnez-moi tout cela, mère, je ne pouvais faire autrement… Il y avait, au fond de moi-même, une source inépuisable de souffrance. Plus j'ai pleuré, plus j'avais le besoin de pleurer toujours…

—C'est plutôt nous qui devrions réclamer ton pardon… Nous espérions sans cesse que ta douleur ne serait qu'une passade, nous aurions dû voler au médecin plus tôt…

—Le médecin aurait échoué… Ils n'ont jamais guéri les coeurs qui saignent d'amour, vous le gavez bien, mère… Il n'y a, pour cela, d'autre remède que soi-même…

—Et s'il t'avait menacé du malheur que tu redoutes?…

—Je crois que cela eut été la même chose, vraiment… Il fallait que la crise, amassée comme un nuage trop lourd dans mon âme, crève et fonde… Enfant naïve que j'étais, j'ai cru qu'une larme d'adieu suffirait à la vengeance de la passion étranglée en moi-même…

—Il n'est donc pas fini, cet amour néfaste?…

—Il ne finira jamais, mère…

—Comment l'aimes-tu encore, après tant de mal?…