—Et moi gui espérais que ce miracle vous conduirait à Lui?…
—Miracle! ne put s'empêcher de ricaner Gilbert. Te voilà bien fagotée à la superstition!… Les miracles! c'est avec ces mensonges qu'elle vous attache et vous asservit!… Non, ma fille ce ne fut pas un miracle, te dis-je, tu t'es suggestionné la guérison, elle t'est venue de toi-même, des forces de la nature agissant par ta volonté furieuse et déchaînée!… Un mystère ignoré de la science, fort bien, mais un miracle, c'est trop de naïveté, vraiment!…
—Combien nous serons éloignés l'un de l'autre, désormais!…
—Oui, il va falloir nous quitter bientôt, murmure-t-il, en courbant sous la douleur.
—Cela, non, proteste Marguerite, véhémente et le coeur oppressé. Je vais vous suivre, jusqu'à ce que vous m'ayez pardonné, jusqu'au jour où vous serez avec nous!…
—Impossible d'y songer, mon enfant, reprit-il, toujours sur le même ton de lassitude calme et souffrante. Je ne suis pas de ceux qu'on évangélise, la cuirasse est impénétrable!…
—Je vous suivrai tout de même, je ne veux pas que vous ayez de la peine, mon père!… Je ne veux pas abandonner ma mère!…
—Il vaut mieux que tu ne viennes pas, te dis-je, reprend-il, avec une douceur inexprimable. Alors même que tu me suivrais, ce ne serait plus toi, je t'ai perdue… Tu étais mon oeuvre, elle est détruite… Tu étais ma vie, elle est brisée… Près de moi, tu me rappellerais sans cesse mon rêve en miettes… loin de toi, je souffrirai moins, je me souviendrai mieux des années de bonheur où je retrouvais mon cerveau dans le tien… Il n'est plus à moi, ton cerveau, Dieu me l'a ravi… Reste ici: Jules Hébert, ton évangélisateur, adoucira l'amertume des adieux nécessaires…
—La seule perspective de vous dire adieu me fait tant de peine!… Non, décidément, je vous suivrai!…
—Tu resteras, ma fille! Il faut que tu ne viennes pas, j'ai besoin que tu restes!… Si tu étais auprès de moi, croyant, priant, je ne pourrais plus faire la guerre à Dieu!… C'est mon devoir de me battre jusqu'au dernier jour pour la libre-Pensée, ma religion!… Il y aura une différence avec autrefois, je frapperai désormais sans haine…