—Les rayons reculent devant l'ombre, dit le jeune homme. Avant longtemps, la tourmente fondra sur nous…
—Je me sens comme oppressée… A la veille des orages, il doit y avoir du poison dans l'air…
—C'est plutôt la terreur que nous inspire la venue des forces brutales de la nature! répond Jules.
—Ce couple, auprès de nous, ne paraît guère s'en soucier, dit la jeune fille, à demi-voix.
—Quelle séduisante coquette! reprend son ami, sur le même ton. Elle minaude pour ce garçon dont elle se moque, assurément… Savez-vous à quoi me fait songer le coeur des coquettes?… L'amour qu'elles donnent fond comme le petit bloc de sucre que je laisse tomber dans ce breuvage… Leur coeur est un liquide bouillant qui dévore autant de pains de sucre qu'elles ont d'aventures…
—Vous voulez dire qu'elles ne savent pas aimer, dit-elle, après avoir ri de cette boutade. Il est banal de le dire; leur amour, c'est d'être aimées… Leur tactique est la plus simple au monde… Dans la phalange de ceux qui les adorent, elles cherchent à chacun d'eux celui dont celui-là prend le plus ombrage, et quand elles l'ont trouvé, le lui jettent sans cesse à la figure…
La vanité de l'homme est piquée… Elles les tiennent par elle, ne vous en déplaise… Et leur esprit s'amuse, pendant que leur coeur est vide…
—Elle doit être passionnante, la chasse au gibier mâle, remarque-fc-il, un peu ironique.
—Pardon, elle est dangereuse… Une femme éparpille son âme, et quand le bonheur se présente, elle essaye en vain de rassembler les miettes envolées… Pour toujours, elle a banni la joie parfaite…
—Il ne faut pas émietter son coeur, c'est là votre pensée?…