—On lui offrit la candidature… Il me la cède…

—Il est généreux, votre père!… Que j'aurais aimé le connaître!… Je me le figure noble et grand…

—Hélas! vous auriez été ennemis, répond Jules, que le conflit perpétuel entre la jeune fille et lui déprime. Il est de la vieille école canadienne-française… Il est catholique jusque dans la moelle… Vous n'auriez pas trouvé grâce à ses yeux: il aurait eu peur… A coup sûr, il m'aurait interdit la fille d'un athée!…

—Ainsi, il ignore tout, interrompit Marguerite, vivement émue. Pour moi, vous avez trompé celui que vous adorez tant!… Pour moi, vous avez fait ce qui vous a paru mesquin, lâche peut-être… Une pensée me trouble, j'hésite à parler… Mais il le faut, cela m'entraîne… Pour moi, vous avez tout caché peut-être à votre mère?…

—Oui, Mademoiselle, avoue-t-il, honteux.

—Et, Jeanne fut votre complice?…

—Jeanne vous aime…

—Mais elle sait que mon père est Gilbert Delorme, un sectaire, un persécuteur de son Christ! Votre mère, elle aussi, aurait compris que je n'ai pas de haine, moi, que j'aime le Canada-Français, que je respecte sa foi, qu'elle a creusé dans mon âme une empreinte saisissante!… Il me semble que, pour tout cela, elle aurait excusé mes origines révolutionnaires… N'aurait-il pas mieux valu que nous nous soyons connues?…

—Vous oubliez qu'elle n'aurait pas été complice, elle… Jeanne le fut: elle m'idolâtre, elle connaissait mon caractère qui ne bronche pas… Je lui ai promis d'être fidèle à mon père… Elle ne doutait pas que je ne le fusse… Voilà pourquoi elle ne m'a pas trahi… Maintenant, elle vous aime, elle ne parlera jamais… Ma mère aurait parlé… C'était son devoir: épouse canadienne-française à la façon traditionnelle, elle n'aurait pas été complice, même pour le fils, contre le père…

—Pour moi, tout, cela!…