—Pourquoi ne pas revenir au Canada, Marguerite? interrompt la petite
Canadienne, avec un élan de toute elle-même.

—C'est pour toujours que je pars, que je dois partir…

—Je ne veux pas, moi, s'écrie Jeanne, impulsive et se révoltant. Je veux vous revoir!…

—Venez en France, alors, Jeanne…

—Que j'aimerais à voir la France, à vous y revoir!… Mais qui viendra avec moi? dit-elle, songeant à l'abîme entre Jules et Marguerite qui ne trouvent pas de réponse.

—Ce n'est pas vrai que vous partez, que je ne vous reverrai plus! redit Jeanne. Je n'ai pas eu le temps d'apprendre à vous aimer comme vous le méritez!… Je n'aurai jamais d'amie pareille à vous, restez que je vous aime davantage!… Si vous saviez comme cela me désole de vous perdre!…

—Il vaut mieux que nous nous séparions tous, la Croix l'exige au-dessus, de nos têtes, répondit Marguerite, passionnée, presque farouche. Puis, voyant des larmes plein les yeux de Jeanne, elle dit: "Pardon d'avoir été cruelle, petite amie, vous vous trompiez sur mon coeur, il n'est pas digne de votre amour… Il faut me pardonner cette violence, elle ne fut pas méchante, j'ai tant de peine à vous quitter!… J'ai parfois des cris de révolte, et je regrette celui-là!… Tu as oublié, n'est-ce pas, Jeanne? Je t'aime et je ne t'oublierai jamais!… Il y a des choses brutales; qui sait pourquoi elles nous font saigner le coeur?"…

—Pour que nous devenions meilleurs, dit Jules, profondément ému.

—Vous avez raison, il est des souffrances qui rendent meilleure…

—Allons voir Notre-Dame-des-Neiges! interrompit brusquement Jules, que le regard de Marguerite bouleverse jusqu'aux plus sourdes profondeurs de lui-même.