—Vous préférez qu'on les appelle des rivaux?

—C'est moins terrible, moins lugubre, moins solennel, moins romanesque…

—Mais, au fond, c'est la même chose!

—Tiens, vous êtes romanesque! s'exclama-t-elle, riant éperdument, sans qu'il y eût toutefois de la dissonance vulgaire en l'accès de plaisir.

—C'est bien vous, cela, Yvonne! Quand faites-vous la réponse à laquelle il est normal de s'attendre? Il n'y a rien de plus déconcertant, de plus fantaisiste que votre manière d'avoir l'esprit présent. Je ne m'y habitue pas. C'est trompeur et stupéfiant, mais c'est charmant!

—Mais c'est vous qui vous trompez, car je ne vous trompe pas, je vous l'assure!… Au contraire, je fais de mon mieux pour être claire et franche.

—Si vous ne trompez pas, êtes-vous du moins charmante?

—Vous avez l'art d'expier les fautes contre la galanterie… Vous oubliez quelque chose, cependant: cela m'alarme d'être stupéfiante. Je ne saisis pas trop bien, et j'en ai de l'angoisse…

—De la véritable angoisse, pénétrante, cruelle?

—Celle qui est la plus insupportable, le doute…