—Mon fils, un héros de mélodrame!
—Dans les mélodrames, ça finit, toujours bien, répliqua Jean, avec une malice affectueuse.
—Ça finira bien, mais comme je le veux!
—Ah! mon père! je me suis donc trompé! Tu ne le souviens plus de l'entretien que nous eûmes, ici même, il y a plusieurs semaines? Je gardais l'espérance de t'avoir ému: ta physionomie devint pâle de gravité profonde alors… Souviens-toi de mes paroles, de ton attendrissement… Pourquoi dédaignes-tu le peuple?
—Je ne l'insulte pas, que je sache!
—Y a-t-il une différence?
—Je le fais vivre!
—Tu donnes sans amour! Pourquoi n'aimes-tu pas l'ouvrier? Il est la race aussi… Il y a si peu longtemps, il me semble, que tu fus ouvrier toi-même: tu l'as donc oublié? Cela ne te remue pas d'y songer? Les oeuvres nationales ne te séduisent pas? Le moins que tu puisses faire, n'est-ce pas d'aimer ta race en l'ouvrier? Rappelle-toi combien la fraternité est nécessaire: le peuple a la haine de ceux qui montent et ceux qui montent renient le peuple d'où ils s'élèvent! Arrogance, envie, indifférence, tout cela nous affaiblit, nous perd, et tout cela existe parce qu'il manque de la bonté, de l'amour… Allons, mon père, sois généreux, sois patriote, ne renie pas la noblesse du travail, permets-moi d'aimer une jeune fille admirable de notre race! Enfin, tu l'accordes, n'est-ce pas?
Gaspard a tressailli: la vigueur, l'autorité, la passion du fils émeuvent, beaucoup le père, son visage est tendu par une hésitation poignante… L'opposition tenace amollit…
Un spasme d'émotion violente saisit le jeune homme, un souvenir lui a sillonné la mémoire d'un éclair, le cerveau d'un argument terrible: